Affichage des articles dont le libellé est Littératures. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Littératures. Afficher tous les articles

vendredi 27 février 2015

rencontre littéraire avec Frank Andriat

 
 
 

Eveil des Jeunes à la Culture ASBL

vous invite à

une rencontre littéraire avec Frank ANDRIAT

le mardi 17 mars 2015 à 20H00

à Bruxelles, dans les locaux de Caritas International

rue de la Charité, 43 – 1210 Bruxelles (métro Arts-Loi)

Frank Andriat est professeur de français en secondaire dans un athénée réputé de Bruxelles, où la mixité sociale est bien présente. Dans l'une de ses classes où les élèves sont âgés d'une quinzaine d'années, deux garçons sont partis du jour au lendemain en Syrie sans prévenir personne. Le chaos a envahi toutes les classes, les professeurs ont dû se transformer en psychologues, les examens ont été annulés. Chaque élève avait sa petite enquête à faire parmi les proches pour tenter de connaître quelle avait été la filière... L’auteur nous parlera en particulier de son livre « Je t’enverrai des fleurs de Damas » qui aborde la question brûlante d’actualité de deux de ses élèves bruxellois partis combattre en Syrie. Cette présentation sera suivie d’une séance de dédicace et de la vente des différents ouvrages du romancier. La soirée se clôturera par un échange autour d’un verre et d’une collation au bar.
 
Prix des entrées :
  • en prévente par virement : 6 €/adultes et 5 €/– 18ans
  • le jour même : 8 €/adultes et 6 €/ –18ans
  • Clôture des préventes le jeudi 12 mars 2015.
Inscriptions souhaitées, le nombre de places étant limité : par mail ecasbl@icloud.com ou par téléphone 0478/98.78.07
Virement sur le compte bancaire Eveil à la Culture-asbl BE04 6116 9118 9031 avec en communication : Andriat + nom de famille + nombre de places 
 
Eveil à la Culture ASBL Eveil à la Culture ASBL Chaussée de Louvain, 20 1320 Hamme-Mille 0478/98.78.07 – ecasbl@icloud.com
 
 

mercredi 26 février 2014

"Une larme m'a sauvée", Angèle Lieby


 


Une femme allongée, les paupières closes, les bras le long du corps, de l’herbe, un ciel bleu, mais pas trace de larme malgré le titre accrocheur et qui semble trompeur : il ne s’agit pas d’un polar, encore moins d’une histoire d’amour à sortir les mouchoirs et faire sangloter les pubères. Quoi que…

Angèle Lieby est une quinqua heureuse, bien dans sa peau et ses baskets, bosseuse, fonceuse, sportive et positive. Jeune grand-mère, elle travaille à l’usine, où elle installe des monnayeurs sur les barres métalliques des caddies. « Tout va bien, vraiment, puisque je suis en pleine forme et que je suis heureuse. » (p. 21)
Hélas, de petits signaux d’alarme se manifestent sans toutefois attaquer l’optimisme indécrottable de la protagoniste : mal de gorge, fatigue, picotement dans les doigts. Et puis, soudain, cette insupportable migraine qui l’incite à se rendre aux urgences sans plus attendre. « J’ai la sourde impression que quelque chose de grave est en train d’arriver, mais je ne sais pas quoi. » (p. 22)
Peu à peu, son corps semble s’engourdir : parler, manger, respirer même devient laborieux. Trimballée d’un service à l’autre, elle subit toute une batterie d’analyses, sous le regard interrogateur  et vaguement inquiet des médecins qui finalement, prennent la décision de la faire glisser dans le coma « afin de me sauver la vie d’abord. Et de comprendre ensuite ce qui l’a mise en danger, subitement, sans raison. » (p. 28)
Angèle se réveille et se souvient : l’obscurité, le silence, la cage, l’emprisonnement, c’est son corps qui l’oppresse et refuse de lui obéir. Elle entend les conversations, reconnaît son mari et sa fille qui parlent à côté d’elle. Son état semble irréversible, le médecin prépare ses proches au pire : seules les machines la maintiennent en vie, il faut envisager de la débrancher. Emplie de désespoir,  Angèle hurle son envie de vivre et son amour, « Ecoutez mes appels muets, brisez les murs de mon corps et alors vous verrez que je n’ai rien » (p. 52), pauvre cri silencieux ! Ne lui reste que la prière, souvenir d’enfance, « douceur des bons sentiments » (p. 44) à laquelle elle s’accroche avec toute la force de son impuissance. « Est-il possible qu’il n’ait rien vu ? Qu’il n’ait rien repéré de mon âme inquiète ? Mon âme qui crie, qui pleure et appelle au secours ? » (p. 32) Elle est désemparée de ne pouvoir se faire entendre, bouger les lèvres, tendre la main, toucher, caresser, appeler au secours : « j’avais compris que l’on me croyait inconsciente ; je comprends désormais que l’on me croit morte » (p. 53), si désemparée qu’un miracle se produit : une larme perle de ses yeux et roule sur sa joue...
« C’est comme si la prison de mon corps s’était entrouverte enfin sous les coups de boutoir de mon esprit . » (p. 89)
Outre une réflexion sur sa situation exceptionnelle et la position plus que discutable du médecin anesthésiste qui a décidé de manière unilatérale de la débrancher, le témoignage bouleversant d’Angèle véhicule deux messages essentiels :
« Avoir la vie d’un autre entre ses mains ne fait pas nécessairement de soi un dieu. » (p. 220)
mais surtout
 «Aujourd’hui, je sais qu’il est essentiel de parler même à ceux que l’on croit morts. Aujourd’hui, je sais qu’un malade est condamné si personne ne vient le voir. » (p. 39)
« Le soulagement de la douleur, physique ou morale, doit être la préoccupation majeure des soignants, quel que soit l’état du malade. » (p. 221)

éd. des Arènes, 2012

 

mardi 18 février 2014

"Au revoir là-haut", Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre


Bon, c'est clair que c'est un sujet incontournable. Dès qu'on rentre dans une librairie, il nous saute à la figure, c'est le sujet du moment, celui qui fait vendre: la Grande Guerre, avec majuscules! Cent ans, ça se fête!  Enfin... ça se commémore: on ne célèbre pas le début d'une guerre, même si on l'a gagnée.
Pierre Lemaitre a été finaud lui, il a publié son roman en 2013, devançant l'année anniversaire. Et ça lui a valu un prix: le Goncourt, rien que ça!

Mais je suis mauvaise. Il est drôlement bien ficelé, ce roman,  avec ses anti-héros qui deviennent nos héros à nous. Parce qu'ils souffrent, parce qu'ils ont peur, qu'ils sont lâches et parfois courageux, parce que, tour à tour, ils subissent l'Histoire et leur histoire, pour finalement se montrer plus forts qu'elles. Ils sont décrits avec tant de talent qu'ils en deviennent vivants. Oh, certains caractères sont poussés jusqu'à l'extrême parfois, mais sans jamais verser dans la caricature: ils pourraient se réclamer de la Comédie humaine de Balzac.
A cela, différentes quêtes, la gloire et la richesse, l'amour et la reconnaissance, la vengeance et le pardon s'entrelacent dans la boue des tranchées et les hôpitaux, les palaces et les hôtels particuliers.

C'est l'histoire de deux poilus, Albert Maillard et Edouard Péricourt, qui ne se seraient jamais rencontrés sans cette saloperie de guerre. Ils en ressortent abîmés, très abîmés, si abîmés que leur réinsertion dans la vie civile est problématique. La France n'est pas prête à accueillir toutes ces gueules et ces âmes cassées, alors il faut vivre d'expédients pendant que d'autres croient consolider leur richesse et leur puissance sur les ruines de leur pays. Jusqu'au jour où ils auront l'idée lumineuse d'une arnaque à échelle nationale qui leur rapportera une petite fortune. Le tout s'achevant dans la lumière de la rédemption, de celle que l'on n'attendait pas et qui transforme ce drame en tragédie et cette tragédie en drame.

Malgré ces 564 pages, on est tenu en haleine grâce aux nombreux rebondissements qui rappellent la trame des romans policiers sur fond d'histoire bien documentée. Le style vivant y est certainement aussi pour quelque chose, où tour à tour, narration et monologues se fondent en une même voix, celle des rescapés de la Grande Guerre.

"Ce qu'Albert voit, surtout, c'est son regard clair et direct, au lieutenant. Totalement résolu. Tout s'éclaire d'un coup, toute l'histoire.
C'est à cet instant qu'Albert comprend qu'il va mourir. Il tente quelques pas, mais plus rien ne marche, ni son cerveau, ni ses jambes, rien. Tout va trop vite. Je vous l'ai dit, ce n'est pas un rapide, Albert. En trois enjambées, Pradelle est sur lui. Juste à côté, un large trou béant, un trou d'obus. Albert reçoit l'épaule du lieutenant en pleine poitrine, il en a le souffle coupé. Il perd pied, tente de se rattraper et tombe en arrière, dans le trou, les bras en croix."
(éd Albin Michel p. 24)

dimanche 26 janvier 2014

Poésie et calligraphie

Tout en repeignant un appartement à louer, je me surprends à penser à Fabienne Verdier, remarquable artiste qui m'a ouvert les portes de l'art oriental. Mon outillage de peintre amateur me fait songer à cette femme volontaire qui utilise un treuil pour manipuler le pinceau gigantesque lui permettant de calligraphier son art. A la lecture de sa biographie "Passagère du silence", les potiches chinoises trônant sur les buffets de mes parents ont enfin quitté leur anonymat pour prendre vie sous mon regard attentif. Elles m'invitent à me perdre dans les méandres des sentiers offerts sur leurs flancs rebondis, à côtoyer la jeune femme à l'ombrelle ouvragée, à m'asseoir aux côtés du pêcheur tout en contemplant le vol de ce superbe papillon dont j'ignore le nom.
Je ne m'étendrai pas sur son parcours hors du commun, Tania a déjà présenté de celui-ci une analyse tout en finesse, à son habitude.
 En collaboration avec François Cheng, de l'académie française, elle publie des calligraphies illustrant  des poèmes issus de l'âge d'or de la poésie classique chinoise.
""Les poèmes proposés dans ce Carnet du calligraphe illustrent une tradition qui correspond à l'âge d'or de la poésie classique chinoise. Les poètes de la dynastie des Tang ont su continuer, en la magnifiant, une culture littéraire dont l'origine remonte à presque mille ans avant notre ère."
"...la poésie, en liaison avec la calligraphie et la peinture -appelée en Chine la Triple Excellence- est devenue l'expression de la plus haute spiritualité." François Cheng.
"Comme l'homme, le monde respire et le calligraphe doit avoir le cœur disponible pour être capable d'insuffler à son trait le pouls de l'univers. Il doit pour cela chercher à cultiver la réceptivité, retrouver une intégrité, être à l'écoute de ses émotions et de son être intérieur." Fabienne Verdier.
"...Sur le tableau, il ne devait rester rien d'autre que l'esprit de la forme, et non la forme réelle interprétée. Je découvris alors un chemin qui me permettrait peut-être de saisir la quintessence des êtres, des pensées, de capter, en un coup de pinceau, la beauté des émotions passagères et fugitives.
Le calligraphe est un nomade, un passager du silence. Il aime l'errance intuitive sur les territoires infinis. Il se pose de-ci de-là, explorateur de l'univers en mouvement dans l'espace-temps. Il est animé par le désir de donner un petit goût d'éternité à l'éphémère." Fabienne Verdier.
Emue, je retrouve les éléments de mon étude concernant les illustrations des poèmes de Reverdy par Juan Gris, Picasso, Braque, Modigliani... L'art est universel tout comme sa quête qui se redessine au fil de cet espace-temps dont parle Fabienne Verdier  avec toute la ferveur de l'artiste habité. Que ce soit en Orient ou en Occident, en chinois ou en français, à l'encre ou au crayon, en cloisonné ou en totale liberté, l'art, le vrai, apporte un "goût d'éternité".
N'hésitez pas à prendre le temps d'intégrer chaque page de ce petit recueil, vous voyagerez!





lundi 30 juillet 2012

"La tercera persona" d'Alvaro de la Rica

"Voilà, il est là, devant moi, tout juste sorti de l'enveloppe extirpée avec hâte de la boîte aux lettres. Sa couverture est attirante, mêlant un je ne sais quoi de rigueur à un suspens dramatique. La chaise semble retenir encore le parfum de la personne qui s'y est assise il y a quelques instants ou quelques siècles... "

C'est ainsi que je découvrais le premier roman de mon ami Alvaro, professeur de littérature, critique (et anthologie) littéraire, auteur de plusieurs ouvrages, notamment sur Green et Kafka. La tercera persona.

Je l'ai ouvert pour ne plus le refermer. On est immédiatement transporté par un style harmonieux, où chaque mot a sa propre couleur qui s'accorde parfois de manière surprenante avec ses voisins. Sans heurt, on passe de la narration au dialogue, d'une langue à une autre et à une évocation littéraire, artistique ou historique qui n'est jamais anodine. Transporté? Ensorcelé plutôt!

Ce petit roman de 99 pages reprend les deux premières parties d'un ensemble de neuf chapitres. Il n'a cependant rien de petit, si ce n'est sa taille: les sujets qu'il traite, l'être humain, l'amour, la souffrance, les liens du mariage, la sexualité plongent leurs racines dans une pensée audacieusement novatrice alliée à une exquise sensibilité qui emplissent le lecteur d'émotion. Les références, les métaphores, l'éclairage des décors sont choisis avec minutie, comme cette écriture "con el que cubro cada centimetro del papel de este mismo cuaderno".

De la Rica possède une excellente maîtrise de la langue, de l'art, de l'histoire mais surtout une grande connaissance de l'être humain dans ce qu'il a de plus intense et de plus profond, se penchant à l'extrême au-dessus du mystère de l'âme. Ame, qui parfois, très exceptionnellement, se révèle cette "Estrella en el cielo azul. Un resplandor oscuro qui se ha metido dentro de mi".

La troisième personne, omniprésente, est l'envers du clair-obscur dont l'ombre transfigure l'épouse. Ce qui la relie est l'absence puisque ce n'est pas l'amour mais son semblant. Cette vérité paradoxale tisse la trame de ces pages.

Ce grand petit livre, on le lit encore et encore, déterrant à chaque lecture de nouvelles richesses qui viennent nous alimenter.

Claudio Magris et Enrique Vila-Matas ne s'y sont pas trompés.

Je ne peux vous conseiller qu'une chose: vous le procurer ou attendre sa traduction qui verra le jour, espérons-le, un jour...

dimanche 29 juillet 2012

L'orteil d'Apollon, de Martine Joubert (Célestine)

Elle m'a bien eue, Célestine! C'était il y a quelques mois, un de ces soirs de printemps qui n'en est pas vraiment un. Calée dans mon fauteuil, j'ouvre fébrilement son roman, ce bébé dont elle nous parle depuis si longtemps et qui n'en finit plus de venir. Enfin il est là, sentant bon l'encre et le papier. L'orteil d'Apollon! Je lis les premières lignes et le livre me tombe des mains: c'est quoi ce style? Ben alors, Cel, que nous fais-tu là? Où est ta plume riche et enlevée, poétique et drôle? On dirait un roman de gare... Interloquée, je recommence la lecture des premières pages, mais n'en démords pas, ce n'est pas la Cel que je connais qui a rédigé ces lignes.
C'est qu'elle m'a bien eue, notre Célestine: ce n'est pas elle qui écrit mais son héros, un écrivain de bas étage qui rêve de publier THE roman OF THE YEAR. Entre canettes qu'il affone et mégots écrasés, son histoire est poussive... Mais pas tant que ça finalement. Alternant avec brio le style de l'écrivaillon et celui du narrateur, le héros et ses héros vont prendre vie sous les plumes et les imaginaires respectifs. L'histoire rebondit, les personnages prennent chair et sont confondant de vérité. On s'y attache, on les engueule, on s'attendrit, bref, une histoire réussie qui devrait se trouver dans toutes les valises cet été. A lire, où que vous soyez, au bord d'une piscine ou au sommet d'une montagne et à recommander bien sûr: c'est une valeur sûre et une promesse de bon temps! A quand le suivant?

lundi 23 janvier 2012

"Deux petits pas sur le sable mouillé" d'Anne-Dauphine Julliand

http://www.deuxpetitspas.com/
Anne-Dauphine, jeune journaliste parisienne, est enceinte de son troisième enfant lorsqu'elle se rend compte que sa fille a une démarche un peu particulière, le pied recroquevillé vers l'intérieur.
Une batterie d'examens plus tard, son mari et elle-même apprennent que leur fille souffre d'une maladie orpheline au nom barbare et synonyme d'une dégénérescence irrémédiable du système nerveux. Elle n'en a plus que pour quelques mois à vivre. Le bébé à venir a une chance sur quatre d'être atteint du même mal. Pas de chance, leur cas échappe aux statistiques : le bébé est lui aussi touché par la maladie.
Ce sera le commencement d'un intense combat d'amour : chimio et greffe de la moelle osseuse pour le nouveau-né, accompagnement de Thaïs qui perd ses sens un à un, mais gagne en amour et en humour à mesure que son état se dégrade. La grande force de ses parents réside dans leur capacité à vivre intensément le moment présent, à donner un concentré d'amour à leur fille qui ne pourra en bénéficier longtemps. C'est le moyen qu'ils ont trouvé pour survivre à la mort, surtout ne pas se projeter dans un avenir insupportable mais avancer pas à pas, jour après jour, en compagnie de leur aîné qui a cinq ans et de leurs deux filles malades.
Leur courage est contagieux et c'est toute une chaîne de solidarité qui se crée au contact de leur rayonnante humilité: ils ont dû apprendre à demander, accepter de ne pouvoir gérer seuls, se détacher pour mieux se centrer.
Ce livre est merveilleusement écrit, racontant simplement les souffrances, les découragements et les acceptations, le dépassement et l'amour, sans ostentation ni narcissisme.
Comment ne pas être émue en accompagnant chacun des héros de cette histoire toute simple qui pourrait nous arriver? Comment ne pas revivre les peurs que nous avons tous connu pour l'un ou l'autre des nôtres? Ah, ces sanglots qui remontent et nous secouent bien malgré nous.
Notre Chenapan, qui partage le prénom et l'âge de leur aîné, va bien pour le moment, même si les médecins ne veulent pas encore le considérer comme guéri. Il est même en pleine forme, après nous avoir fait si peur. Lorsqu'aux urgences, vous êtes pris en charge dans les minutes qui suivent votre arrivée et que l'assistant est suivi par le médecin de garde qui s'entoure rapidement du professeur et du chef d'unité, vous savez que c'est grave. Le coeur serré, je priais pour que ce ne soit pas... vous savez? ce à quoi ils pensent aussi et qui se lit dans leurs yeux. Non, ce ne sera pas la leucémie dont il présentait plusieurs symptômes. A partir de là, j'ai vécu sa maladie comme une succession de soulagements, au contraire d'Amaury qui redoutait chaque rechute pouvant lui être fatale. Une amie blogueuse dont le fils a souffert de la même maladie a eu la générosité de partager son expérience de maman avec moi. Je lui en suis infiniment reconnaissante, elle ne mesure pas à quel point son témoignage m'a éclairée sur bien des points que les médecins et les hôpitaux ne pensent pas à expliquer.

"Oui, l'amour à cette faculté unique d'inverser les courants, de transformer la faiblesse en force. Privée de ses sens et dépendante physiquement, Thaïs ne peut pas grand-chose sans une aide extérieure. Elle pourrait exiger beaucoup. Pourtant elle n'attend de nous que ce que nous pouvons lui offrir. Rien de plus.
On pense communément qu'une existence diminuée et meurtrie est difficilement acceptable. c'est sans doute vrai. Quand on n'a pas l'amour. ce qui est insoutenable, c'est le vide d'amour. Quand on aime et que l'on est aimé en retour, on supporte tout. Même la douleur. Même la souffrance." (p. 221)


mercredi 16 novembre 2011

voyage dans le temps


Petit Bonhomme, emprunté à voir ou regarder.
Un peu silencieuse ces temps-ci, il est vrai. Mais sur la pointe des pieds, je passe de l'un à l'autre, tantôt souriante, tantôt inquiète, parfois heureuse, d'autres fois soucieuse. Pardonnez ma discrétion pourtant très présente.
Je voyage beaucoup ces dernières semaines: ailleurs, passant de l'île du passé à l'oasis à venir, faisant escale au détroit d'Anian. Comprenez que le décalage intertemporel se fait sentir. J'y reviendrai certainement, en attendant, comment ne pas évoquer ces vers qui m'accompagnent depuis de longues années?

Time present and time past
Are both perhaps present in time future
And time future contained in time past.(...)
What might have been and what has been
Point to one end, which is always present. (...)
Go, said the bird, for the leaves were full of children,
Hidden excitedly, containing laughter.
Go, go, go, said the bird: human kind
Cannot bear very much reality.
Time past and time future
What might have been and what has been
Point to one end, which is always present.

(T.S. Eliot, four quartets, Burnt Norton, I)

mercredi 3 août 2011

Lectures: "Murambi, le livre des ossements" Boubacar Boris Diop et "Une enfance africaine" de Stéphanie Zweig

photo trouvée quelque part sur la toile

Les vacances sont synonymes de repos, de découvertes, de parfums inédits, de saveurs nouvelles, de lectures. Comme je m'en voulais de n'avoir pas pris le temps de préparer celles-ci! Je fis donc confiance au présentoir de la bibliothèque. Ce furent de bonnes surprises.
Le roman d'Antonio Munoz Molina me tomba cependant assez rapidement des mains, tant je ressentais de frustration à le lire dans sa traduction.
Siri Hustvedt, avec "tout ce que j'aimais" est resté en attente.

J'ouvris "Murambi, le livre des ossements" de Boubacar Boris Diop pour ne plus le refermer. J'ai cependant été tentée de le laisser à plusieurs reprises, tant certains passages en étaient éprouvants. Ils l'étaient davantage par l'évocation que par la description. Évocations chantées, criées, marmonnées par ces victimes du génocide rwandais, toutes blessées dans leur chair, dans leur coeur, dans leur intelligence ou dans leur âme. Mais en filigrane on décèle une étincelle d'espoir, résumée par un sage du livre des ossements:

"C'est bien de se rappeler certaines choses. Cela aide parfois à trouver son chemin dans la vie. (...) On sait quelles épreuves il a fallu surmonter pour mériter de vivre. On sait d'où on vient."
Et l'auteur dans sa post-face:

"Le devoir de mémoire est avant tout une façon d'opposer un projet de vie au projet d'anéantissement des génocidaires et le romancier y a son mot à dire."
J'ai continué à parcourir les chaudes terres africaines en compagnie de Regina Redlich. Regina est une enfant juive allemande, contrainte de fuir cet autre génocide. refugiée au Kenya avec ses parents, elle évoque son attachement à cette terre d'accueil qu'elle aura immédiatement dans la peau. De la première page à la dernière, l'auteure de cette autobiographie nous entraîne dans une ronde d'images et de métaphores plus savoureuses les unes que les autres, nous plongeant au coeur de l'âme africaine. ce livre est un chant, un chant d'amour où la vie est magie et sagesse tout ensemble.

"Une enfance africaine" de Stépahie Zweig

"-Tu me donnes ton manteau, Bwana?
-Ce n'est pas un manteau, c'est une robe. Un homme comme toi doit porter une robe.
Owuor essaya aussitôt de prononcer le mot nouveau. Comme il ne venait pas de la langue des Jaluo et que ce n'était pas non plus un mot swahili, sa bouche et sa gorge éprouvèrent de grosses difficultés. La memsahib et l'enfant se mirent à rire. Rummler ouvrit lui aussi une large gueule, mais le bwana qui avait envoyé ses yeux en safari était comme un arbre trop petit encore pour abreuver sa cime à la fraîcheur de vent.
-Robe, dit le bwana, il faut répéter le mot souvent et tu sauras le prononcer aussi bien que moi.
(...)-Owuor, c'était ma ma robe avant que je devienne un bwana. Je portais la robe à mon travail.
-Robe, répéta Owuor, heureux que le bwana ait enfin compris qu'il fallait dire deux fois les mots agréables."

"Quand le bwana parlait de la guerre, il parlait aussi toujours de son père. Alors, il ne regardait jamais Kimani; il tournait ses yeux vers la haute montagne, mais il ne voyait ni le sommet, ni la neige. Il parlait avec la voix d'un enfant impatient qui veut avoir la lune le jour et le soleil la nuit, et il disait:
-Mon père meurt.
Ces paroles étaient aussi familières à Kimani que son propre nom et, même s'il se donnait beaucoup de temps avant d'ouvrir la bouche, il savait ce qu'il avait à dire. Il demandait:
-Ton père veut mourir?
-Non, il ne veut pas mourir.
-Un homme ne peut pas mourir s'il ne le veut pas, répondait Kimani à chaque fois.
Au début, il avait montré ses dents en parlant, comme il le faisait toujours quand il était heureux; pourtant, avec le temps, il avait pris l'habitude de faire sortir un soupir de sa poitrine. Ça le tracassait que son bwana, un homme qui savait tant de choses, ne soit pas assez intelligent pour comprendre que la vie et la mort n'étaient pas l'affaire des humains, mais seulement celle du puissant dieu Mungo.
Plus encore que les journaux, avec leurs images de maisons détruites et d'hommes morts, il voulait que son bwana lui montre des lettres. A l'arrivée du bwana à la ferme, il croyait qu'une lettre était semblable à une autre lettre. Maintenant, il n'était plus aussi bête. Elles n'étaient pas comme deux frères sortant ensemble du ventre de leur mère. Les lettres étaient comme des hommes, jamais pareilles.
Ça dépendait des timbres. Une lettre qui n'en avait pas n'était qu'un morceau de papier et ne pouvait pas partir en safari, même un tout petit. Un timbre seul, avec l'image d'un homme aux cheveux clairs et au visage de femme, parlait d'un voyage que l'on pouvait faire avec ses pieds. C'était le genre de lettres que Kimani rapportait souvent de la duka de Patel. Elles venaient de Gilgil et c'étaient les lettres du bwana qui faisait danser son gros ventre quand il riait et qui avait une memsahib qui chantait mieux qu'un oiseau. (...)
Kimani savait qui avait écrit la lettre avant que le bwana le lui dise. Les yeux de son bwana brillaient comme de jeunes fleurs de lin quand les lettres étaient de la petite memsahib et sa peau ne sentait jamais la peur. (...) Et il y avait un timbre qui, à lui seul, était capable, plus que tous les autres ensemble, de mettre le bwana en feu. (...) Kimani aimait regarder longuement ce dernier timbre. L'homme paraissait vouloir parler et avoir une voix capable de rebondir avec force contre la montagne. Dès que le bwana apercevait ce timbre, ses yeux devenaient des trous profonds et il devenait aussi raide qu'un homme qui a oublié comment on se défend et qui se retrouve en face d'un voleur fou de colère qui le menace d'une panga fraîchement effilée."

lundi 28 mars 2011

Malte, "Le passage se crée" d'Alain Rohand, "le livre des brèves amours éternelles" de Makine, "le prix à payer" de Fadelle, "Le chant de Malabata" d'Armelle Hauteloire.


Semaines intenses à Malte, au boulot et chez nous. Nombreuses lectures enrichissantes, sentiment de plénitude, et puis ce printemps qui caresse l'idée de s'installer doucettement...

Malte, ses villes en pierre calcaire, en pierre lumière; Malte, son carnaval exubérant et bon-enfant (on ne nous avait pas dit qu'il durait trois jours et trois nuits et que tous les îliens se rendaient à la capitale à cette occasion. Fameuse (dés-)organisation...). Malte, ses innombrables églises aux coupoles généreuses; ses bus jaunes amenés à être supprimés -UE oblige!; son flegme rigide et so British conjugué à l'insouciance méditerranéenne, ses fortifications, ses vestiges néolithiques, ses abris creusés de main et de peur d'homme, sa mer tour à tour rugissante et murmurante, léchant et creusant la roche, créant d'innombrables caches irisées où viennent se recueillir les coraux et les amoureux, Malte la jolie, la convoitée, la fortifiée, à la croisée des chemins et des civilisations, malgré un froid et un vent extrêmes, nous avons aimé te découvrir!
De merveilleuses lectures ont accompagné ces quelques jours de repos et les semaines qui leur ont succédé.
Le passage se crée d'Alain Rohand (AlainX) m'a ému. Les lettres qu'il adresse à ceux qui, volontairement ou involontairement, ont accompagné sa maladie ne laissent pas indifférent. J'en ai eu le coeur et le corps serrés, mais c'est en lisant les lettres adressées à sa mère que les larmes se sont libérées. Sans m'en rendre compte, j'ai traversé son expérience avec mon regard et ma sensibilité de mère, une mère qui a aussi connu des angoisses et des souffrances rentrées pour les siens. Je l'admire d'avoir écrit ce témoignage, comme je l'admire d'avoir choisi la porte du courage, celle de la normalité, alors qu'il aurait aussi bien pu choisir de franchir à jamais la porte de la différence et de l'handicap. Merci Alain pour cet écrit qui remet en question et permet de relativiser nos propres expériences.
Il fut suivi par le Livre des brèves amours éternelles d'Andrei Makine, dont le titre me séduisait autant que l'enthousiasme de Mathéo. Je n'ai pas été déçue. Par petites touches, l'auteur dépeint avec une exquise délicatesse les ombres mais surtout les quelques rais lumineux qui ont enrichi sa jeunesse d'orphelin communiste parfaitement endoctriné mais finalement pas tant que ça parce que toujours humain, parce que sensible au tremblement d'une lèvre, au battement d'une paupière, aux vibrations de l'attente, à l'éternel qui se révèle non pas dans l'étreinte mais dans sa signification. Cette subtile révélation en fait l'humain qu'il est devenu, une découverte pour moi.
Ma tournante de livres m'a attribué Le prix à payer de Fadelle dont on a déjà beaucoup parlé. Je ne l'aurais pas choisi: encore une conversion un peu gnangnan... mais comme je l'avais sous la main, c'était le moment de l'ouvrir. Je ne l'ai plus refermé. Ce témoignage actuel et sans fioritures est d'une force et d'une humanité difficiles à concevoir. Il vous met face à vos engagements, quels qu'ils soient; il vous met face à la vérité, celle qui habite tout homme et qu'il a le devoir de chercher ; il vous confronte au courage et à l'amour, il vous rappelle aussi que vous êtes peu de choses et unique à la fois. Après avoir combattu contre tous, y compris ses frères, il a encore un combat à livrer, cette fois contre lui-même. Le pardon serait-il le prix de la paix?
"Le Chant de Malabata" (couronné par l’académie française) d'Armelle Hauteloire berce mes soirées de son air mélodieux. Est-ce la proximité des mots ou leur musicalité qui génèrent un sens nouveau et m’entraînent dans cette chanson de geste d'un autre âge mais de tous les âges. C’est l’histoire mille fois vécue d’un homme et d’une femme. Armelle réussit le prodige de la transfigurer et toutes ces vies, toutes ces histoires deviennent l’Histoire de l’Homme et de la Femme. Les mots me manquent pour dire mon admiration. Heureusement, d’autres l’ont fait avant moi qui ont reconnu les qualités de ce chant exceptionnel et comparable au « cantique des cantiques » « avec des accents neufs, plus intime encore » (Jean Guitton)

mardi 1 mars 2011

Tribulations et petites réflexions d'une (jeune) femme (un peu moins) pressée...

"C'est encore loin?" emprunté à Voir ou regarder.
Pour ceux qui ne le savent pas encore, la (jeune) femme qui écrit ces lignes a la chance d'être passée à mi-temps début janvier. Beau cadeau d'anniversaire n'est-ce-pas?
"Mais que vas-tu faire de tout ce temps?" lui demandent certains amis paniqués. Et ils lui trouvent déjà de nouvelles occupations. "Tu pourrais être indépendante complémentaire et travailler dans telle boîte, ils en ont bien besoin, chez nous il y a tel et tel chantier en cours qui attend un profil comme le tien..." Mais non, non non, merci, qu'ils se rassurent. Maintenant qu'elle en a, du temps, il lui file entre les doigts. Les ourlets défaits, les plats mijotés, la maison à retaper, les devoirs, les enfants à consoler et à guider, ça prend du temps! Et puis, remplacer la lecture, le rêve et la méditation par de la consultance, la lumière, les sourires, la main tendue par du bizness, franchement, qui accepterait ce deal?
Courir pour retrouver le temps perdu, c'est un peu ça pour le moment... Hyper speedée par un job aux horaires compressés, elle grimpe dans la voiture en balançant clés, badge et sac à main sur le siège passager. Démarrage en trombe, surtout être à l'école avant le début de la garderie!
Elle repense à l'article sur le slow management qu'elle a parcouru, la fourchette entre les dents. Ah si seulement. Pas sûr qu'on y arrive dans les décennies qui viennent. L'innovation et la rapidité sont devenus les facteurs essentiels de la réussite. Pourtant on a assez prouvé que les décisions prises dans la précipitation et à court terme sont néfastes. Encore faut-il prendre le temps de la réflexion. On ne le trouvera jamais ce temps, il faut l'attraper. Bien, elle cherche son grand, puis passe par l'école des deux autres et file à la pompe à essence. Mais qu'est-ce qu'elle raconte la journaliste? Facebook a remplacé les blogs? Avant, tout le monde avait un blog mais c'est dépassé? Comment, mais comment peut-elle comparer les deux? Elle n'a franchement rien compris! Bien sûr, il y a blog et blog, c'est ce que rappelait Coumarine à un débat à la Foire du Livre. La voiture ralentit curieusement. Un peu déçue par la fin du "Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates", pourtant qu'est-ce qu'elle s'est délectée tout au long de sa lecture! A prêter à Bonne-maman, absolument. Qu'est-ce qu'elle a pensé des "Hommes et des dieux"? L'interroger à ce propos. Trop longtemps sans la voir, d'ailleurs. Lui téléphoner cette semaine. Quelques crachotements, deux éternuements, le véhicule repart pour s'arrêter définitivement quelques mètres plus loin. Elle enclenche le démarreur. Quelques toussotements puis... rien. Elle fait signe à la police montée qui croise la voiture -en travers de la route- qu'elle est totalement impuissante. Ca commence à claxonner derrière. Les chevaux s'énervent. Elle réessaie de démarrer. Rheuheuheuheuh. Toujours rien. Les chevaux s'agitent de plus belle. Rheuheuheu. Ils se cabrent, n'ont pas l'air du tout d'apprécier les caprices du moteur. Bon, ça va, elle a compris, elle s'arrête. Surtout éviter la casse. Et puis, pas trop envie de noyer le moteur. Trois "baas" s'avancent. "On va vous pousser, Madame". Pas très rassurée, elle vire son sac de la banquette tout en acceptant avec reconnaissance. Derrière leurs muscles et leur mine patibulaire se cache certainement un bon fond. Oui, mais leurs muscles ne sont pas très efficaces, dis donc. Elle s'accroche au volant, ça n'a pas l'air d'aider. Normal, le frein à main électronique (notez l'antilogie) est enclenché. Pas moyen de l'ôter. Tant pis, on restera au milieu de la route, attendant le bidon porté par son sauveur à la mine renfrognée -doux euphémisme...

vendredi 18 février 2011

Quel cirque cette foire (du livre)!

Aujourd'hui, foire du livre! Le vendredi, on évite la foule des soirs et des weekend... En plus j'ai appris que Coumarine dédicaçait ses livres de une à deux, plus aucune hésitation possible. En métro, c'est plus simple, sans doute plus rapide et puis un peu de marche ne me fera pas de mal.
Me voilà assise à la seule place encore disponible dans la rame. Hé, ils ont rétréci les places, qu'est-ce qu'on est serré! Je sens la fesse de ma voisine déborder sur ma cuisse, j'aime pas trop. Puis je me rends compte qu'elle est énorme et occupe son siège et la moitié du mien. Sa graisse déborde un peu plus sur moi, punaise, ça ne me plaît absolument pas, je n'arrive même pas à lire le journal tellement elle m'étouffe. J'essaie de relativiser. La pauvre, elle n'y peut rien, elle doit se sentir encore plus mal que moi... Enfin j'imagine. Ses copines -des marocaines- hurlent des histoires de mecs; elle écoute et intervient rarement. Les hurleuses ne regardent pas trop cette voisine pourtant bien visible. Mes pensées vagabondent et mon regard se pose sur un homme qui éternue bruyamment. La morve jaillit de son nez tel un volcan en éruption. Beurk, mais qu'est-ce que je fous là? J'en suis à me demander si je suis une extra-terrestre, quand un homme, un Congolais je crois bien, me réconcilie avec l'humanité: il cède sa place à un couple de personnes âgées. Tout simplement. Mais dans cette cohue et ce manque de respect, c'est beau. C'est nécessaire.
Dix minutes de marche. Je suis perdue, mon sens de l'orientation renommé (hum!) ne me dit pas si je dois remonter le boulevard ou le descendre. Je ne me sens pas très à l'aise dans ce quartier. Heureusement Paris m'a appris comment éviter les dingues, les dangereux, les sales types qui te plantent leur truc dégueulasse dans le dos, les pickpockets et tous les autres aussi. Tu ne regardes personne dans les yeux, tu te colles à la paroi du métro, tu es très affairée, tu sais où tu vas et tu te déplaces rapidement. Si t'as l'air d'une touriste ou si tu joues les midinettes, c'est foutu. Ouais, mais là, je ne sais pas dans quelle direction aller et j'ai franchement pas envie de me paumer... Bon, je finis par demander mon chemin dans une boutique et je fonce sans accroc jusqu'à la foire.
Vendredi, foire tranquille? tu paaarles! Et les écoles alors? J'arpente, je regarde, je feuillète, y a trop de trop. L'agencement des stands me semble totalement illogique, les baffles hurlent les discours des intervenants, trop de bruit, des caméras et des journalistes à éviter partout, baisser la tête, se détourner, éviter des gamins qui galopent à la recherche de cadeaux gratuits, se faire haranguer comme au marché, c'est trop. Je regrette d'être venue. Cette commercialisation du livre me déplaît. Profondément.
Je me fais aborder par un homme d'un certain âge au regard très bleu, il agite un bouquin, "Un sac de billes". Je regarde les livres éparpillés devant lui: Joseph Joffo encore et encore. Et si? mais oui, c'est bien lui, le héros de ma jeunesse. J'ai dû lire le "sac de billes" pas moins de cinq fois, d'autres de ses romans ont enchanté mes jeunes années. Nous entamons une discussion sympa, je crois bien que je le regarde avec les yeux émerveillés de l'enfance. Il me complimente, un peu trop, nous rions, je finis par lui acheter des bouquins qu'il me dédicace de sa plume nerveuse.
Un peu plus loin, je me fais apostropher par un gars qui essaie de me vendre sa BD. Lorsqu'il lit les titres que je tiens à la main, son expression passe de joviale à désagréable: "si vous lisez ce type, vous ne pourrez apprécier ma BD", me lance-t-il. "Et pourquoi ne pourrais-je apprécier les deux?". "Ce bandit? Jamais!". Interloquée, je quitte le stand, la reconnaissance que j'éprouvais pour ces belles retrouvailles avec mon enfance faisant place à un sentiment plus lourd... Rentrée à la maison, je fais une recherche sur la toile: je devais bien être la dernière à ignorer que Joffo n'a pas écrit seul ses livres... Quelle déception! En même temps, je ne peux oublier qu'il a enchanté mes jours et mes nuits et ça, ce n'est pas rien!
Mais Coumarine m'attend, j'abandonne une BD en pleine dédicace pour courir au stand que j'avais pris la peine de repérer, elle est bien là! Comme dans mon souvenir, comme dans ses écrits, simple et généreuse, disponible, spontanée, intelligente et sensible. Un très beau moment pour lequel je la remercie, beaucoup.
Elle a réussi à éclairer cette journée teintée de gris et à lui donner son sens. Et moi je me suis sentie enrichie, grandie.
Pour ça, tout ce cirque vaut la peine!

mercredi 16 février 2011

"Monsieur Han" de Hwang Sok-Yong

photo empruntée à Voir ou regarder
C’est un goût de sang dans la bouche que j’ai tourné la dernière page de Monsieur Han, de Hwang Sok-Yong. Le sang de ses lèvres éclatées, refusant d’avouer ce qui n’est pas et n’a jamais été, fidèle à lui-même, étrange pantin disloqué, séparé des siens par le 38ème parallèle idéologique et géographique, accusé à tort de corruption, de trahison, désavoué par ses amis alors qu’il n’a qu’une chose en tête et dans le cœur : exercer son métier de médecin au mieux, pour sauver l’homme de la souffrance et de la mort, gagner honnêtement sa vie afin de subvenir aux besoins des sien. « Quand on part, c’est pour vivre ensemble, pas pour mourir ensemble », affirme-t-il à sa femme avant de s'en aller, seul. Tout cela lui sera refusé. Exilé dans son propre pays comme tant d’autres, sa droiture entêtée et proche de la naïveté ne cessera de se heurter aux dimensions les plus viles de l’être humain, sans jamais être entachées par celles-ci. Cette confrontation octroie une dimension tragique à une situation dramatique en soi. La bonté et l’honnêteté ne semblent apporter aucune rédemption, Han sombre peu à peu dans la déchéance, noyant sa solitude et son désenchantement dans l’alcool et les larmes en attendant que la mort vienne le cueillir dans sa misère.
Mais la rédemption, si elle n’est venue de son vivant, n’a-t-elle pas été insufflée à tout un peuple qui s’est maintenu grâce à la force d’âme d’hommes tels que Han ? Le style dépouillé de Hwang Sok-Yong, sa retenue même plongent le lecteur dans l’essentiel de l’homme et de ses sentiments, les pires comme les meilleurs.

« Lorsqu’elle reçut le télégramme annonçant sa mort, elle ne pleura pas. Ce qu’elle avait sous les yeux, c’était moins la mort de son père que la fin d’une époque ».

Etre artiste aujourd'hui...

Le Petit Liseur Auguste Baud-Bovy, 1885
"Etre artiste aujourd'hui, c'est de l'autoproclamation", disait je ne sais plus qui sur les ondes. De l'autoproclamation!
Vous, mes amis qui écrivez, qui lisez, qui vous servez de vos mains, vos yeux ou vos mots, vous autoproclamez-vous des artistes? Plutôt artiste ou artisan, créateur ou bidouilleur, amateur, contemplateur, penseur? Dites-moi?
Et tant qu'on y est, quels livres exhumeriez-vous de votre pile à lire pour les enfouir dans vos bagages? Votre avis m'intéresse...
Je vous souhaite une souriante journée printanière.

mardi 14 décembre 2010

corps et âme



"à corps perdu", "corps et âme", "à son corps défendant", "à bras-le-corps", "esprit de corps", "corps de garde", etc etc Il y en a des expressions faisant allusion à notre corps! Et toujours cette notion d'entièreté que l'on retrouve dans chacune de ces expressions. Sans doute parce que l'ensemble des membres forment un seul corps. Celui-ci agit, se défend, protège avec ardeur... Cependant, cependant, dans la deuxième expression on retrouve le mot "âme". "Corps et âme", qui reprend la notion de personne dans son entièreté, toujours l'entièreté mais cette fois-ci de la personne.
Ces expressions trottaient en moi ces jours-ci, alors que mon corps se faisait pesant. "A quarante ans commencent les misères", disait ma soeur aînée ce week-end, alors que nous évoquions nos maux de dents.
Jusqu'à présent, il m'a toujours obéi ce corps, à tel point que je ne me souviens pas toujours de lui. Bien sûr, une bouche sèche ou un estomac qui gargouille sont les signaux clairs de ses besoins, mais hormis ces quelques appels "du pied" ou de l'estomac, il fonctionne et je l'oublie. Je fais exception de cette période de ma vie qui fut peuplée de migraines, des migraines manifestement générées par le stress d'une situation trop lourde pour mes trop fragiles épaules, qui me valut des maux de dos, des amnésies et des migraines chroniques. Un beau jour ils disparurent. J'étais tout étonnée de ne plus sentir ce corps qui s'était tellement rappelé à moi.
Aujourd'hui, c'est un peu le même processus, récurrent année après année mais que j'oublie au fil du temps qui passe... Je subis l'état de Chenapan à quelques jours d'intervalle: la grippe a cédé à la gastro qui elle-même trépasse au profit de la bronchite... Enfin bref, je crois que mon corps veut me dire quelque chose. C'est pas cool. Je suis retournée au bureau jeudi dernier, parce que je n'avais plus de fièvre et que franchement, j'aurais eu mauvaise conscience à rester chez moi. Sauf que, sauf que mes vertèbres continuent à se clouer dans le matelas à peine mon corps se déplie-t-il pour s'allonger, sauf que ma toux ne s'arrête pas de la nuit, sauf que la fièvre remonte...
Ca peut être bien casse-pied, un corps, quand il crie "Vergeet me niet" (don't forget me, ne m'oublie pas). En même temps, cela me rappelle la chance que j'ai de ne penser à lui que temporairement, alors que nombreux sont ceux à qui leur corps leur rappelle -comme mes migraines d'alors- qu'il existe au quotidien.
Heureusement, nous sommes un tout, un corps et une âme, qui s'entraînent l'un l'autre pour tenir bon. Je connais des personnes que j'estime héroïques dont le corps grince et résiste depuis des années et qui continuent à aller de l'avant, grâce à leur force d'âme. Je me rappelle cette amie parisienne qui est devenue paraplégique l'espace d'un soir, un soir où elle nous rejoignait pour un dîner de classe, où son pied s'est pris dans les portes du métro, je me rappelle son sourire, avant et après; je me rappelle Amaury couché dans la neige, il devait être dans le même état, mais la chance a joué en sa faveur. Je me rappelle ma soeur qui est restée allongée sans une plainte pendant plus de six mois sur une planche, cinq kilos tractant sa tête vers l'arrière (et deux trous dans le crâne bien sûr), je me rappelle cette collègue qui est née paralysée d'un pied et marche à force de kiné; on lui a découvert une tumeur dans l'oreille interne et elle est plus souriante que nombre d'entre nous.... Je me souviens de cet ami qui a la sclérose et a besoin de son corps pour gagner sa vie et se sentir exister tout simplement. Chaque fois que je le vois, je le retrouve grandi.
Alors, face au mystère de la souffrance du corps, si difficile à comprendre parfois, j'ai envie de vous offrir un moment de ce qui fut pour moi un pur bonheur. Un bonheur de l'âme. Ce qui la nourrit. Le propriétaire de la librairie est un plaisir de générosité, d'écoute, de partage... Profitez-en et surtout allez la découvrir!

Bon (grande frustration), comme je n'arrive pas à mettre un pps sur ce blog, je vous renvoie à un billet écrit précédemment et vous encourage à regarder le pps jusqu'au bout s'il vous est envoyé (peut-être en pensant un petit peu à moi qui ai été bouleversée entre ses murs...).
Il s'agit bien entendu de la librairie Lello, la plus belle du monde!

photo empruntée à notre talentueux Piet, avec mon admiration.

mardi 2 novembre 2010

"L'Echappée belle" Anna Gavalda, famille, fratrie et compagnie

Et voilà, je me retrouve une fois de plus et un peu malgré moi (j'avais oublié de me manifester en temps et en heure...) dans une tournante de livres. C'est amusant, vous avez entre les mains des livres choisis par d'autres, que vous n'auriez peut-être pas pensé ou voulu lire et qui vous accompagnent pendant un mois. J'avoue n'avoir pas ouvert le premier, le deuxième, "L'Echappée belle" a été reniflé, retourné et feuilleté puis avalé en une petite heure un soir sans coupure de courant. Anna Gavalda dont mon aînée me disait qu'elle adorait mais que bon, je n'apprécierais peut-être pas ses récits "grands publics", idem pour Musso. Mon aînée qui a l'humilité de dire qu'elle n'y connaît rien alors qu'elle dévore des livres et s'est découvert une passion pour Zweig, qu'elle va à une expo entraînée par une amie et admire, un peu honteuse, ce qu'en fait il y a vraiment lieu d'apprécier, à savoir l'architecture et la lumière du Pompidou de Metz, passant outre quelques toiles qui peuvent lui sembler obscures... Mon aînée à qui j'ai envie de dédier ce billet écrit il y a quelques mois mais qui est plus que jamais d'actualité. Mon aînée et mes quatre autres frère (singulier) et soeurs (grand pluriel -cinq filles, un garçon qui s'est très vite entouré d'une super bonne bande de copains pour survivre dans ce poulailler) à qui j'ai pensé tout au long de ma lecture. Ces codes qui nous caractérisent, ces souvenirs, ces blagues et demi-mots qui font glousser, ces regards qui font comprendre qu'on est blessé par un coup de bec, une griffe trop acérée ou la vie, ces pardons qui s'échangent tout aussi vite, ces appels et sms qui chauffent les GSM et les oreilles et les coeurs, ce parfum d'anti-conformisme familial qui nous rend conformes et si différents en son sein, ce manque de confiance qui nous caractérise alors que nous sommes géniaux, toutes et tous tant que nous sommes, ce besoin de se retrouver et d'être bien tout simplement, sans complication aucune, sans attitude, naturels, abandonnés, tels quels. C'est tout ça que j'ai retrouvé dans "L'Echappée belle", jusqu'à cette pointe de nostalgie qui perce parce qu'on se rend compte que les murailles s'effritent un peu, que les autres vies peuvent rattraper notre cohésion, que nos parents sont fatigués et ne seront plus toujours là...
"L'Echappée belle", c'est un peu notre histoire. Et ne venez pas me dire que les personnages sont des stéréotypes, que le sujet, c'est du réchauffé... Vous avez peut-être raison mais ça m'est égal, j'ai passé un très bon moment et le sourire m'est revenu.

vendredi 22 octobre 2010

Un sourire, un seul et tout prend son sens... "Cause I love your smile" :-) Charlie Winston



Et puis si nous savons sourire nous n'arriverons pas à ces...

Quelques paradoxes de notre temps
"Nous dépensons trop, rions très peu, conduisons trop vite ; nous nous fâchons trop vite, veillons très tard et nous nous levons trop fatigués.
Nous lisons trop rarement, regardons trop la télé et prions trop rarement.
Nous avons augmenté nos richesses, mais nous avons rabaissé nos vertus.
Nous parlons trop, aimons trop rarement et mentons trop souvent.
Nous avons appris comment gagner notre vie mais n’avons pas appris comment vivre notre vie. Nous avons ajouté des années à notre vie mais pas de vie à nos années.
Nous sommes allés sur la lune, mais nous avons du mal à traverser la rue pour rencontrer le nouveau voisin. Nous avons conquis l’espace mais pas notre fort intérieur. Nous avons fait de grandes choses mais pas de meilleures choses.
Nous avons purifié l’air environnant, mais avons pollué notre âme.
Nous avons maîtrisé l’atome mais asservi notre jugement.
Nous écrivons de plus en plus mais apprenons de moins en moins, planifions de plus en plus mais accomplissons de moins en moins."
C’est l’époque des 2 salaires au foyer, mais de plus en plus de divorce ; de maisons de plus en plus sophistiquées, mais de plus en plus de foyers brisés.
C’est l’époque de la paix mondiale, mais c’est aussi la guerre dans les familles.
C’est le temps des grandes technologies.
Ce message vous est parvenu à la vitesse de l’éclair...
Vous pouvez cliquer "supprimer" rapidement
ou le méditer doucement et changer peu à peu...
À vous de décider, etc.

Extrait de Jack Mandon emprunté au blog d'Armelle

Un sourire, un seul...et tout prend son sens...

dimanche 10 octobre 2010

Noir - "Les dessous de table" de Nicole Versailles I



Les enfants sont au lit, nous vaquons tous deux à nos occupations, je pianote en vitesse, le journal masque son visage concentré. Brutalement, c'est le noir intégral, accentué par un silence absolu; les machines se taisent, seul brille l'écran de mon ordinateur qui semble ramener à lui toute la froide lumière électrique. Après quelques secondes, je me lève, me heurte à une chaise qui a oublié de rejoindre sa place sous la table, tâtonne pour trouver des allumettes (maintenant que nous ne fumons plus, elles se font plus rares) pendant qu'Amaury rejoint les voisins qui sortent en pyjama (si si, c'est véridique) ou soulèvent peu discrètement les voiles sensés protéger leur intimité. Panne de secteur. Les uns après les autres font des tentatives d'appel chez E*****bel (le helpdesk ne travaille pas en-dehors des heures de bureaux) pour se rabattre en désespoir de cause sur le bureau de police le plus proche, aussi outré que ses voisins dans le noir mais tout aussi impuissant.
L'ambiance silencieuse doucement illuminée par les flammèches dansantes des bougies me semble propice pour pénétrer dans l'univers de Nicole Versailles. Ses nouvelles me sont parvenues le matin même, je me pourlèche les babines à l'idée de découvrir le menu surprise. Je ne suis pas déçue par mon étape gastronomique. Quelques pages suffisent pour vous emmener d'une situation à l'autre, situation qui est banale, très, elle pourrait vous arriver, ou m'arriver à moi aussi , elle s'est peut-être déjà présentée ou me pend sous le nez ou celui d'un des miens, bref, du réalisme de chez vous ou de chez moi, mais terrible, prenant, douloureux, dramatique, vivant, bien vivants, cet homme et cette femme qui sont mari et femme pour un jour grâce aux effets magiques d'une simple fève, l'autre dont on prépare les quatre-vingt ans de bien différentes manières, la petite vieille dont les pertes de mémoire trahissent gestes et secrets, les jeunes dans un café qui construisent le monde et sont détruits par celui-ci, ce gamin dont la mère ne répond pas, cette femme dont les paroles fortes sont prononcées en silence, l'amant transi et jaloux, fou de jalousie, fou de rage, fou d'amour, fou toujours... et tellement normal.... si banal et si dramatiquement humain! Voilà ce qu'offre Nicole dans l'intimité de mon salon obscur et feutré, ces premiers chapitres qui m'entraînent d'une vie à l'autre avec brio: je suis tour à tour chacun de ses personnages, j'ai mal avec eux, je m'emballe comme eux, mais la lumière est revenue et il est temps que je remise ces chapitres de vies jusqu'à demain.

Sans titre de Rothko noir, rouge sur noir sur rouge,1964

dimanche 3 octobre 2010

Histoires de style



A tous ceux et celles qui écrivent des romans... et à tous les autres aussi.

"Plus les rapports de deux réalités rapprochées seront lointains et justes, plus l'image sera forte -plus elle aura de puissance émotive dans la réalité poétique" Pierre Reverdy

Conversation sur le style des nouveaux romans publiés. Il semble que le style "plat", court, direct, proche du langage parlé, rapide comme le rythme de notre vie haletante et les courriels et textos qui la parsèment soit très prisé par les éditeurs d'aujourd'hui. Il semble qu'un nombre croissant d'auteurs très jeunes soit publiés, offrant une écriture fraîche et surtout un vécu croustillant, émouvant, révoltant. Exit Proust, bonjour le "slam romanesque" (pas sûre que l'expression existe)!
Oui mais, parmi les auteurs cités, il y en a qui ont un style simple où foisonnent des images (ou métaphores peu importe) d'une puissance émotive ou suggestive telle qu'elles ébranlent le lecteur et le rendent acteur à part entière d'un pan du roman. Le voilà riant, pleurant ou implorant avec les personnages de papier, ceux qui se tenaient jusque là à distance raisonnable et se cantonnaient aux caractères imprimés avec plus ou moins de bonheur sur le papier bible, papier broché ou papier recyclé. Oui mais, ces phrases simples se déroulent suivant un rythme inconnu jusqu'alors et engagent le lecteur à rejoindre la danse des sons s'alignant les uns après les autres, chenille qui recrée des réalités vécues avec une énergie renouvelée.

Je disais qu'un livre était publié pour survivre aux générations. Je suis persuadée que la mode passe, le style demeure. D'ailleurs, c'est tellement vrai que je ne l'ai pas inventé... Egalement persuadée que les styles courts, longs ou moyens, tant qu'ils provoquent des émotions, seront tôt ou tard reconnus par l'éditeur qui les méritera.

Et oui... me revoilà! Célestine m'a convaincue de ne pas laisser le mot "rien" à côté de mon prénom. Merci pour tous vos commentaires plus gentils les uns que les autres. Je me fais sans doute moins présente, mais je suis bien là.

Photo empruntée à "Voirouregarder".

lundi 26 juillet 2010

Souffrance - "Une canne à pêche pour mon grand-père" de Gao Xingjian


« L’eau de la rivière était limpide. J’ai pris à la main les chaussures à talon de Fangfang et mes sandales de cuir. Je lui donnais l’autre main. Elle tenait sa jupe relevée. Nous avancions à tâtons, pieds nus dans l’eau. Cela faisait longtemps que je n’avais pas marché ainsi. Même les pierres glissantes de la rivière me piquaient les pieds.
-Tu as mal ? demandai-je à Fangfang.
-J’aime ça, as-tu répondu à voix basse. Au cours de notre lune de miel, même avoir mal aux pieds était une sensation de bonheur. Et tous les malheurs du monde semblaient filer entre nos orteils. »
Gao Xingjian, « Une canne à pêche pour mon grand-père », éd. De l’Aube, 1997, p. 15-16.

"Même avoir mal aux pieds était une sensation de bonheur"...
Combien de fois ne nous sommes-nous pas interrogés sur le pourquoi de la souffrance?
Gao Xingjian nous souffle la réponse, si simple, si élémentaire, si facile et si difficile qu'elle nous échappe souvent:

quand on aime, la souffrance prend tout son sens.

Photo empruntée à Voirouregarder, Laos, avec mon admiration et ma reconnaissance.