Pour ceux qui ne le savent pas encore, la (jeune) femme qui écrit ces lignes a la chance d'être passée à mi-temps début janvier. Beau cadeau d'anniversaire n'est-ce-pas?
"Mais que vas-tu faire de tout ce temps?" lui demandent certains amis paniqués. Et ils lui trouvent déjà de nouvelles occupations. "Tu pourrais être indépendante complémentaire et travailler dans telle boîte, ils en ont bien besoin, chez nous il y a tel et tel chantier en cours qui attend un profil comme le tien..." Mais non, non non, merci, qu'ils se rassurent. Maintenant qu'elle en a, du temps, il lui file entre les doigts. Les ourlets défaits, les plats mijotés, la maison à retaper, les devoirs, les enfants à consoler et à guider, ça prend du temps! Et puis, remplacer la lecture, le rêve et la méditation par de la consultance, la lumière, les sourires, la main tendue par du bizness, franchement, qui accepterait ce deal?
Courir pour retrouver le temps perdu, c'est un peu ça pour le moment... Hyper speedée par un job aux horaires compressés, elle grimpe dans la voiture en balançant clés, badge et sac à main sur le siège passager. Démarrage en trombe, surtout être à l'école avant le début de la garderie!
Elle repense à l'article sur le slow management qu'elle a parcouru, la fourchette entre les dents. Ah si seulement. Pas sûr qu'on y arrive dans les décennies qui viennent. L'innovation et la rapidité sont devenus les facteurs essentiels de la réussite. Pourtant on a assez prouvé que les décisions prises dans la précipitation et à court terme sont néfastes. Encore faut-il prendre le temps de la réflexion. On ne le trouvera jamais ce temps, il faut l'attraper. Bien, elle cherche son grand, puis passe par l'école des deux autres et file à la pompe à essence. Mais qu'est-ce qu'elle raconte la journaliste? Facebook a remplacé les blogs? Avant, tout le monde avait un blog mais c'est dépassé? Comment, mais comment peut-elle comparer les deux? Elle n'a franchement rien compris! Bien sûr, il y a blog et blog, c'est ce que rappelait
Coumarine à un débat à la Foire du Livre. La voiture ralentit curieusement. Un peu déçue par la fin du "
Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates", pourtant qu'est-ce qu'elle s'est délectée tout au long de sa lecture! A prêter à Bonne-maman, absolument. Qu'est-ce qu'elle a pensé des "
Hommes et des dieux"? L'interroger à ce propos. Trop longtemps sans la voir, d'ailleurs. Lui téléphoner cette semaine. Quelques crachotements, deux éternuements, le véhicule repart pour s'arrêter définitivement quelques mètres plus loin. Elle enclenche le démarreur. Quelques toussotements puis... rien. Elle fait signe à la police montée qui croise la voiture -en travers de la route- qu'elle est totalement impuissante. Ca commence à claxonner derrière. Les chevaux s'énervent. Elle réessaie de démarrer. Rheuheuheuheuh. Toujours rien. Les chevaux s'agitent de plus belle. Rheuheuheu. Ils se cabrent, n'ont pas l'air du tout d'apprécier les caprices du moteur. Bon, ça va, elle a compris, elle s'arrête. Surtout éviter la casse. Et puis, pas trop envie de noyer le moteur. Trois "baas" s'avancent. "On va vous pousser, Madame". Pas très rassurée, elle vire son sac de la banquette tout en acceptant avec reconnaissance. Derrière leurs muscles et leur mine patibulaire se cache certainement un bon fond. Oui, mais leurs muscles ne sont pas très efficaces, dis donc. Elle s'accroche au volant, ça n'a pas l'air d'aider. Normal, le frein à main électronique (notez l'antilogie) est enclenché. Pas moyen de l'ôter. Tant pis, on restera au milieu de la route, attendant le bidon porté par son sauveur à la mine renfrognée -doux euphémisme...