"Quand je vois la photo de l'enfant heureux que je fus, je me félicite d'avoir senti, par ma joie, ce que je comprendrai plus tard: la chance d'être né, la chance d'être aimé, la chance de fouler une terre de paix et d'abondance, la chance d'avoir accès à l'instruction et à la culture. Sans doute mettrai-je toute une vie, par mon travail, mon exigence, mon obstination, à mériter les cadeaux qui me furent donnés. Et encore, je n'en suis pas sûr..." E. E. SchmittPêle-mêle, la famille, les amis, les projets partagés, le don de soi, les lectures au coin du feu, le rire des enfants, les balades dans les bois, les visites aux personnes malades, âgées ou seules tout simplement, le travail bien fait, le résultat des grands rangements, l'odeur de lessive propre, la cueillette de fruits murs, la disposition d'un bouquet, le pardon qui clôt une dispute, le gâteau rempli de coquilles d'oeuf préparé par de petites mains inexpertes, entendre comme maintenant "si moi rien bouffer, moi va mourir", mon grand psalmodier "une - seule - solution, la mani-fes-ta-tion!" le sifflement de l'homme qui appelle son chien, l'harmonie, l'amour, l'humour et tant et tant de choses qui illuminent la grisaille des journées. Je n'ai pas cité mon blog ... Pourquoi? Peut-être parce que ces jours-ci, j'avais l'impression, non! plus que l'impression, le sentiment réel que mon blog, mes billets, les recherches, les commentaires, l'attente, le passage de l'un à l'autre, le partage n'étaient plus si enrichissants que je le croyais, parce que mon ego y trouvait son agrément, parce que sans contrepartie je passais à côté de toutes ces choses que je cite, parce que les livres s'amoncellent sur ma table de nuit sans être ouverts, parce que les enfants sont rabroués alors que je suis occupée, parce que les personnes m'attendent encore plus que les livres ou les factures... Je ne renie pas ces relations merveilleuses que j'ai créées sur la toile bien au contraire, elles me sont très chères et je me souviens ici d'une réponse de Célestine à l'un de mes derniers commentaires, parce que je lui ressemble et que je revendique le virtuel qui est aussi réel, mais ce sentiment de vacuité est présent aussi face à ce tous ceux et celles qui attendent... et nous avons trois maisons à visiter et un rendez-vous avec des personnes à rendre heureuses et des enfants à former et ma grand-mère à appeler... Et surtout, surtout, mes proches à aimer sans retenue. Alors, si pendant quelques jours, je ne réagis pas, même à vos plus beaux billets, ce n'est pas de l'indifférence puisque vous m'êtes chers, c'est très certainement parce que quelqu'un a besoin de moi...

