jeudi 31 décembre 2009

Le roman qu'elle n'écrirait jamais à la troisième personne

Jamais. Elle n’écrirait.
A la troisième personne.
Elle n’écrirait jamais de roman. Elle n’écrirait jamais à la troisième personne.
Ecrire est un souffle vital qui l’habite depuis toujours, comme ce poème qu’elle écrivit dans une autre vie, lorsqu’elle n’était personne, pas même la troisième.
Elle écrit comme on regarde une toile, comme on entend le rythme des sabots les doigts qui pianotent les dents qui claquent, comme on assemble les mots pour leur couleur et leur saveur. Elle avait été une ombre et n’était plus personne. Elle s’en alla loin, au pays des Grands et du soleil dur, de l’ascèse et de la bonne chaire, du devoir et du lendemain.
Elle n’était personne jusqu’à sa venue. Elle appréciait leurs discussions où les idées antagonistes s’entrechoquaient dans les éclats de rires. Elle écoutait ses enseignements, tentait de se concentrer sur de nouvelles lectures, enveloppée par sa sollicitude, portée par sa bienveillance. Lentement, elle se mit à écrire. Ecartant les poncifs redondants, elle délia langue et plume et endossa la troisième personne.
Elle décida alors de s’en aller, de quitter ce pays où elle avait appris l’amitié et la beauté. De troisième elle était devenue personne à part entière. Elle souhaitait écrire un roman mais ne l’écrirait jamais à la troisième personne.
Elle devint la deuxième personne pour l’autre.
Ecrire c’est accoucher, lui avait-on dit.
Elle enfanta non pas un roman mais la chair de sa chair. Elle enfanta trois fois. Elle était la première et la deuxième personne à la fois. Et il vit qu’elle était heureuse.
Le jardin est dévasté mais n’est nullement le reflet de nos humeurs. Dans une ambiance recueillie, nous communions à un même bonheur tranquille, loin des tensions et des disputes qui trop souvent envahissent nos murs, occasionnées par la fatigue et le trop plein de travail qui puise toujours plus d’énergie. La lumière tamisée traduit notre sérénité. Une plus grande présence s’est peu à peu installée au cœur de notre foyer. Cependant, un peu de mélancolie vient parfois m’habiter, lorsqu’un sentiment de solitude m’envahit, malgré tout ce que j’ai reçu, malgré la force qui m’habite et me fait aller de l’avant, confiante, sûre que tout est bien.
Je ne sais pas raconter les autres. Je ne sais parler que de ce que je connais.
Et je me souviens. Je me souviens de cette petite fille qui dès l'aube, réveillée par le bêlement des moutons et le croassement des grenouilles, s’habillait à la hâte et vêtue de son seul short et de claquettes aux semelles de bois, courait torse nu dans l’herbe haute. Elle retrouvait ses arbres et ses fleurs, connaissait leur nom et leur vertu. Puis elle se réfugiait dans leurs bras ou sur le toit pour retrouver ses héros de papier.
Cette petite fille aura quarante ans dans quelques heures. Si jeune et si âgée déjà, la fin et le commencement…

Photos empruntées à "voir ou regarder", avec toute mon admiration et mes remerciements.

lundi 28 décembre 2009

"Le Prince Laurent et la Princesse Claire" de Vincent Leroy

Subrepticement, profitant de la torpeur de la nuit, la neige lumineuse et ouatée s'est transformée en poudre et puis en amas grisâtre bordant routes et chemins. Compacte, dure et translucide à d'autres endroits, elle amuse les enfants et menace vieillards et véhicules de glissades incontrôlées et souvent funestes. On nous annonce de nouvelles chutes de neige alors que notre jardin dévasté garde encore quelques lambeaux déchiquetés de ce qui fut un doux manteau blanc.
Dans cette atmosphère si particulière où se côtoient la fin et le commencement, j'aime m'offrir le luxe de m'asseoir et, bercée ou enivrée -selon l'humeur festive ou mélancolique du moment- par un morceau de musique, je lis.
J'ai enfin tourné la dernière page d'un livre que je vous recommande vivement: "le Prince Laurent et la Princesse Claire" de Vincent Leroy. Comme à son habitude, Vincent brosse en phrases simples mais extrêmement soignées un, ou plutôt deux portraits. Le texte est très bien documenté, il présente de nombreux extraits d'articles et d'interviews concernant Laurent ou Claire. Respectueux de la vérité comme des personnes, Vincent n'hésite pas à rapporter les difficultés rencontrées par Laurent mais rappelle aussi la grande popularité qu'il a connue à une époque. Il souligne l'humour du Prince, relate ses traits d'esprit, rappelle sa simplicité et sa bonhomie, son amour et son attachement à son épouse et à ses enfants. Il s'attarde sur le thème de l'écologie si chère à Laurent, parle de ses fondations et des crises qu'elles ont traversées, sans omettre l'affaire Vaessen dont les remous ont entaché la réputation du Prince. A côté de ce portrait taillé à la hache, l'auteur nous dessine les contours d'une jeune femme discrète mais intelligente, soutenant son mari dans l'ombre ou prenant les devants pour le protéger, n'ayant pas peur d'affirmer ses choix sans ostentation, lumineuse et généreuse, pour reprendre les mots du Père Gilbert.
Vincent ne prend pas parti, il ne se le permettrait pas, il laisse chacun juge mais apporte tous les éléments pour aider le lecteur à connaître et apprécier la personnalité de Laurent et de son épouse Claire.

Aquarelle d'Amaury.

jeudi 24 décembre 2009

samedi 19 décembre 2009

Ma Belgitude: Maurane "Prélude de Bach"



Sans hésiter aujourd'hui, si je devais choisir une chanson, c'est celle-ci! La douceur du prélude qu'épouse si bien le velours de la voix de Maurane, les paroles emplies de souvenirs nostalgiques et mi-amers, la dureté de certaines sonorités et d'images décrivant avec tant de justesse les ratés de nos premières amours et le tempérament de nos contrées. Cette chanson évoque de nombreux souvenirs doux-amers tout comme le fait la neige et le froid piquant de ces derniers jours. Les larmes versées par mon dernier ce matin alors qu'il découvrait la douleur des mains qui passent du froid à la chaleur, les batailles de boules de neige, les glissades involontaires, la luminosité si particulière qui nous entoure, brillante et laiteuse à la fois, la joie fugace que l'on décelle sur les visages des petits et grands aussi, le sentiment de respirer à plein poumons malgré les odeurs de pots d'échappement et l'échec du sommet de Copenhague, le froid qui finit par nous habiter malgré la chaleur ambiante, les pulls et les écharpes, la neige qui lentement s'étale sur le parquet en traînées sales, oui, Maurane c'est tout ça aujourd'hui. Cette femme au grand coeur, auteur, compositeur, chanteur, toujours disponible, d'un naturel et d'une humilité exemplaires, heureuse et un peu triste aussi, c'est ma belgitude.

vendredi 11 décembre 2009

Plus d'un an...- "Chasing Pirates" Norah Jones

Plus d'un an que j'ai démarré ce blog et je ne m'en étais pas aperçue! Le signal d'alarme a été le sapin: l'année dernière j'avais acheté un Nordmann tellement beau et tellement large que j'en parlais dans ce billet. Cette année, riche de l'expérience de l'année dernière, j'ai privilégié l'espace de mon salon à la touffeur du sapin odorant...
Il y a un an, j'avais perdu mon job pour raisons économiques ! Je devais être une des premières victimes de la crise...
Il y a un an, je cherchais un nouveau job et au moment où je constatais l'épanouissement du mari et des enfants ayant une épouse et une mère à domicile, où je me faisais une raison par rapport aux difficultés du marché de l'emploi, où je m'apprêtais à rechercher des occupations conciliables avec une vie de "mère au foyer" (oh, que je n'aime pas cette expression) j'ai accepté par politesse un dernier rendez-vous professionnel (disons que je n'ai pas trouvé correct de l'annuler une heure avant, heure de ma décision de ne plus travailler) et ai été séduite au point d'aller à un deuxième et à un troisième rendez-vous et de signer un contrat de travail (vous savez, quand quelqu'un vous résume l'entretien en vous disant "C'était sympa, vraiment!", vous demeurez interloquée, mais vous vous dites que oui, ça pourrait être sympa). Je m'étais jurée que si le boulot prenait le pas sur la vie de famille je freinais... et blabla, blablabla... Vous connaissez ces promesses n'est-ce-pas? Et aujourd'hui je sais que je ne suis à l'abri de rien, toujours cette crise... Mais j'ai des Boss géniaux, des collègues globalement extras, une liberté totale dans ce que je fais, bref, le job idéal si c'était dans un contexte différent (la crise bien sûr). Car être DRH en période de crise, je vous jure que ce n'est pas à envier. vous voulez construire, améliorer, harmoniser vers le haut, rassurer et c'est tout le contraire qui se passe...
Me voici donc un an et des poussières plus loin, riche d'un blog, d'amis virtuels et moins virtuels qui me sont très chers, d'un job que j'aime même si je dis toutes les trois semaines à mon pôvre mari que je n'en peux tellement plus que je vais tout planter...
Et bien, figurez-vous que non, maintenant je le dis moins. les circonstances sont bien pires (la crise) mais six mois passés, une association et un déménagement plus loin, l'urgence des harmonisations urgentes passée, je me pose, je me calme, je prends de la distance et... ça va! Jusqu'à nouvel ordre!
Je ne sais combien ont été tous mes lecteurs d'une heure ou de plusieurs mois, mais je les remercie tous pour leurs marques d'intérêt, pour leur sollicitude, pour leur amitié. Ne m'en voulez pas si je n'en cite qu'un aujourd'hui, ou plutôt une, car elle est la première vraie blogueuse à s'être arrêtée chez moi par hasard (j'omets volontairement mon mari et mes soeurs et cousines et une ex-collègue que j'aime beaucoup), et a été une source d'autres rencontres très enrichissantes: Célestine! Merci! Et merci à vous tous qui m'êtes très chers!

mardi 8 décembre 2009

dîner de Noël

Voici ce que, ce matin, je reçois dans ma boîte mail professionnelle, accompagné d'un message plein de sollicitude émanant d'une âme charitable:
"Pour te détendre un peu en ces moments de tensions"...
Je me suis lâchée et ai bien ri (en espérant garder une vision universelle et ne jamais connaître une manifestation de burn-out tel que celui décrit ci-dessous):


-NOTE DE SERVICE-

De: Sophie CARRIERISTE - direction des Ressources Humaines
A: Tous les salariés
Date 01:12
Sujet: Fête de Noël

Chers tous,
Je suis heureuse de vous informer que la Fête de Noël de notre entreprise aura lieu le 23 décembre, à partir de midi, dans les salons de notre Espace. Il y aura un bar payant avec tout un choix de boissons!
Nous aurons aussi un petit groupe musical amateur qui chantera des cantiques, alors n'hésitez pas à chanter avec lui. Et ne soyez pas surpris de voir arriver notre PDG déguisé en Père Noël!!
Le sapin sera illuminé à partir de 13H00. Les échanges de cadeaux entre les membres du personnel pourront se faire à partir de ce moment-là. Cependant, pour ne gêner personne financièrement, aucun présent ne devra dépasser une valeur de 10 €.
Joyeux Noël à vous tous et à vos familles.
Cordialement,
Sophie

-NOTE DE SERVICE-
De: Sophie CARRIERISTE - Direction des Ressources humaines
A: Tous les salariés
Date: 02/12
Sujet: Fête de fin d'année

Chers tous,
La note d'hier n'avait bien sûr pas pour but d'exclure nos employés de confession juive. Nous savons que Hannoukah est une fête importante qui coïncide souvent avec Noël, même si cela n'est pas le cas cette année.
La même optique s'applique à tous ceux de nos employés qui ne sont ni chrétiens ni juifs. Pour calmer les esprits et ne vexer personne, toutes nos Fêtes de Noël s'appelleront désormais Fêtes de fin d'Année. Nous n'aurons par conséquent ni sapin, ni cantique, mais d'autres musiques pour votre plus grand plaisir.
Tous contents maintenant?
Cordialement,
Sophie

-NOTE DE SERVICE-
De: Sophie CARRIERISTE - Direction des Ressources Humaines
A: Tous les salariés
Date: 03/12
Sujet: Fête de Fin d'Année

Je m'adresse à la personne membre des Alcooliques Anonymes qui souhaitait qu'il y ait une table pour les non-buveurs et qui n'a pas donné son nom.
Je suis heureuse de pouvoir répondre favorablement à sa demande, mais si je mets sur la table une pancarte "Réservé aux Alcooliques Anonymes", vous n'aurez plus du tout d'anonymat!!
Comment puis-je résoudre le problème?
Une idée, quelqu'un?
De plus, sachez qu'on laisse tomber les échanges de cadeaux: Aucune remise de présents ne sera autorisée, suite au préavis de grève déposé par la FGTB et la CSC qui estiment que 10€ pour un cadeau c'est trop cher, et suite à la pétition signée par tous les cadres qui estiment que 10€ pour un cadeau c'est minable et mesquin.
on va y arriver,
Sophie.

-NOTE DE SERVICE-
De: Sophie CARRIERISTE - Direction des Ressources Humaines
A: Tous les salariés
Date: 04/12
Sujet: Fin d'Année

Quelle diversité de cultures dans notre entreprise!!
Je ne savais pas exceptionnellement cette année le Saint Mois du Ramadan commençait le 20 décembre, avec son interdiction formelle de consommer toute boisson ou nourriture de toute la journée. Nous pouvons bien sûr comprendre qu'une réception festive à cette époque de l'année ne cadre pas avec les croyances et les pratiques de nos salariés musulmans.
Devant la Fatwah prononcée à son encontre par l'Imam de notre ville à leur demande, notre PDG propose que les repas destinés à nos salariés musulmans soient congelés jusqu'à la fin du Ramadan ou gardés au chaud pour qu'ils puissent les emporter chez eux le soir. Notre PDG certifie en outre qu'ils ne contiennent pas de porc, même si l'entreprise dirigée par son frère s'appelle "Tout est bon dans le cochon".
Par ailleurs, je me suis arrangée pour que les femmes enceintes aient une table au plus proche des WC et les abonnés aux Weight Watchers le plus loin possible du buffet des desserts. Je confirme aussi que les gays et les lesbiennes pourront se regrouper et que chaque groupe aura sa table pour ne pas avoir à se mélanger.
En revanche, non, aucun travertissement en Drag Queen ne sera toléré, avec ou sans play back de Dalida. Oui, les diabétiques auront des sièges surélévés et des fruits frais en dessert, sachant que le restaurant ne pourra confectionner de dessert sans sucre.
Ai-je encore oublié quelque chose?
Sophie

-NOTE DE SERVICE-
De: Sophie CARRIERISTE - Martyr des Ressources Humaines
A: A vous tous, salariés de MERDE!!!!
Date: 10/12
Sujet: SALOPERIE de Fin d'Année

Les végétariens, maintenant! Il ne manquait plus que ça!!!!
J'en ai plus que marre, nous maintenons cette réception dans notre entreprise, que cela vous plaise ou non. Vous n'aurez qu'à vous asseoir le plus loin possible du grill à viande pour brouter vos salades à la con et téter vos putains de tomates bio.
Vous avez pensé à la douleur des salades et des tomates quand on les coupe? Hein?? Elles ont des sentiments et sont vivantes, elles aussi. Elles sont comme moi, elles HUUUURLENT!!
Maintenant, le premier qui me demande du pinard sans alcool je le transforme en pompe à merde et je vous souhaite une fête archi pourrie, bande d'abrutis congénitaux!!!
Allez vous faire foutre,
Sophie

-NOTE DE SERVICE-
De: Catherine TAVENIER - Directrice intérimaire des Ressources humaines
A: Tous les employés
Date: 14/12
SUjet: Sophie CARRIERISTE et les Fêtes de Fin d'Année

Je pense pouvoir parler au nom de tout le monde pour souhaiter un prompt rétablissement à Sophie CARRIERISTE, à qui je continuerai de transmettre vos cartes.
En attendant son retour, je la remplace et vous annonce que notre PDG a décidé d'annuler notre Fête de Fin d'Année et d'offrir la journée du 23 décembre sans perte de salaire.

mardi 1 décembre 2009

Amours enfantines


J'ai une fille.
J'ai une fille qui a sept ans.
J'ai une fille qui a sept ans et qui est très exclusive dans ses amitiés. Passionnée, elle adore ou déteste, elle aime ou se dispute inlassablement.
A quatre ans, Pablo était SON ami. Son seul, son unique ami. Pablo a dû quitter la Belgique pour suivre ses parents sous d'autres cieux. Longtemps, ma fille a traîné son chagrin dans les couloirs de l'école et sous notre toit. Quelques échanges de mails entre les deux enfants les ont un peu consolés de l'absence et de l'éloignement.
Aujourd'hui, Pablo est oublié. Depuis quelques semaines, lorsqu'on évoque le prénom de Mathéo, on glousse, on saute d'un pied sur l'autre, les yeux s'illuminent, on a envie de s'élancer, de l'inviter, de passer tout son temps avec lui.
j'ai une fille qui a sept ans et qui fait de la danse. A la surveillante qui voulait retenir Mathéo elle rétorqua:"Il peut me voir quand je me déshabille parce que c'est mon amoureux".
Mathéo a suivi ma fille et son cours de danse. Très appliqué, il s'échauffait pour faire le grand écart, se mettait dans les différentes positions, rivalisait avec tous les petits rats. Empli de fierté et d'enthousiasme, il m'en fit la démonstration. Après quelques suppliques, ses parents ont accepté de l'inscrire à condition qu'il suive également le cours de judo qui se donne immédiatement après la danse.
Hier, Mathéo lui a offert une bague; elle m'affirme que c'est sa bague de fiançailles. Comme elle est trop grande, elle la porte à l'index ou au médium et l'a déjà perdue et retrouvée une fois. Elle cherche ce qu'elle pourrait offrir à Mathéo en échange. Elle m'a avoué qu'ils avaient échangé un baiser. J'essayais de lui expliquer (à son niveau) la différence entre l'amitié et l'amour, l'importance de l'engagement et de la maturité, lorsqu'elle s'exclama en cachant sous la couette un sourire de bonheur teinté de gêne :"Mais c'est exactement ça, mamy, je l'aime comme tu viens de me l'expliquer!"
J'ai une fille qui n'a que sept ans...

dimanche 29 novembre 2009

"60 years ago" Fanny Bériaux et Belgitude

Ma belgitude, c'est aujourd'hui Fanny Bériaux, artiste belge au talent incroyable, qui mérite qu'on parle d'elle et surtout qu'on prenne le temps de la découvrir et de l'écouter! Sa voix caressante et toute en nuance, aux intonations chaudes et profondes, est parfaite pour les accents de jazz langoureux qu'elle nous propose dans son album "Blow up my world" dont est extrait "60 years ago".
Ma belgitude, pleine de nostalgie, se réfugie dans ces accords mélancoliques parce que le retour de Leterme à la tête de la Belgique, même accompagné d'une nouvelle Belle-maman, ou d'une nounou, d'un coach, d'un garde-fou, appelez-le comme vous le voulez, ça ne changera rien à cette absurdité, ne me fait pas sourire. C'est le coeur lourd que j'attends ce que sa bêtise, son incompétence, sa démagogie et sa volonté de saborder la Belgique nous préparent.

mercredi 25 novembre 2009

"Romance" de Beethoven, remerciements et cirque



Un clin d'oeil à Célestine à qui est dédiée cette romance...
...Et à tous mes amis blogeurs, un merci énorme émanant du fond d'un coeur profondément ému par vos commentaires plus compréhensifs, sympathiques, amicaux et chaleureux les uns que les autres. Je ne citerai pas toutes vos paroles, mais je n'en retiens que des bonnes choses. et vous voyez, je n'ai pas disparu de la blogosphère, je suis toujours là, à vous lire souvent, un peu moins qu'il y a quelques jours c'est vrai, à répondre parfois, moins souvent aussi, à écrire sans doute encore moins régulièrement, j'aurais besoin de beaucoup plus de temps pour cela, mais sachez que je ne change pas et mes dispositions à l'égard de chacun d'entre vous moins encore.
Cet après-midi, j'ai emmené Chenapan et le plus jeune de mes filleuls découvrir la féérie du cirque. Contempler leurs regards où les étoiles dansaient une sarabande, les voir émerveillés, partagés entre le rire, les larmes, la frayeur et l'admiration, palper l'émotion qui se dégageait de leur petit corps transpirant de bonheur, quel joie! Ils trépigaient, tapaient des mains et des pieds pour ensuite demeurer le souffle court, statues transformées en sel par un seul coup de trompe...

vendredi 20 novembre 2009

bloguer ou ne pas bloguer

"Quand je vois la photo de l'enfant heureux que je fus, je me félicite d'avoir senti, par ma joie, ce que je comprendrai plus tard: la chance d'être né, la chance d'être aimé, la chance de fouler une terre de paix et d'abondance, la chance d'avoir accès à l'instruction et à la culture. Sans doute mettrai-je toute une vie, par mon travail, mon exigence, mon obstination, à mériter les cadeaux qui me furent donnés. Et encore, je n'en suis pas sûr..." E. E. Schmitt

Pêle-mêle, la famille, les amis, les projets partagés, le don de soi, les lectures au coin du feu, le rire des enfants, les balades dans les bois, les visites aux personnes malades, âgées ou seules tout simplement, le travail bien fait, le résultat des grands rangements, l'odeur de lessive propre, la cueillette de fruits murs, la disposition d'un bouquet, le pardon qui clôt une dispute, le gâteau rempli de coquilles d'oeuf préparé par de petites mains inexpertes, entendre comme maintenant "si moi rien bouffer, moi va mourir", mon grand psalmodier "une - seule - solution, la mani-fes-ta-tion!" le sifflement de l'homme qui appelle son chien, l'harmonie, l'amour, l'humour et tant et tant de choses qui illuminent la grisaille des journées. Je n'ai pas cité mon blog ... Pourquoi? Peut-être parce que ces jours-ci, j'avais l'impression, non! plus que l'impression, le sentiment réel que mon blog, mes billets, les recherches, les commentaires, l'attente, le passage de l'un à l'autre, le partage n'étaient plus si enrichissants que je le croyais, parce que mon ego y trouvait son agrément, parce que sans contrepartie je passais à côté de toutes ces choses que je cite, parce que les livres s'amoncellent sur ma table de nuit sans être ouverts, parce que les enfants sont rabroués alors que je suis occupée, parce que les personnes m'attendent encore plus que les livres ou les factures... Je ne renie pas ces relations merveilleuses que j'ai créées sur la toile bien au contraire, elles me sont très chères et je me souviens ici d'une réponse de Célestine à l'un de mes derniers commentaires, parce que je lui ressemble et que je revendique le virtuel qui est aussi réel, mais ce sentiment de vacuité est présent aussi face à ce tous ceux et celles qui attendent... et nous avons trois maisons à visiter et un rendez-vous avec des personnes à rendre heureuses et des enfants à former et ma grand-mère à appeler... Et surtout, surtout, mes proches à aimer sans retenue. Alors, si pendant quelques jours, je ne réagis pas, même à vos plus beaux billets, ce n'est pas de l'indifférence puisque vous m'êtes chers, c'est très certainement parce que quelqu'un a besoin de moi...

vendredi 13 novembre 2009

Journée de la gentillesse - secrets de beauté d'Audrey Hepburn



Bérengère disait dans son commentaire sur mon billet précédent:
"Le 11 novembre, journée du souvenir, le 13 novembre, journée du sourire. Les deux sont importants."
Merci de me l'avoir rappelé. La journée de la gentillesse, ça ne peut s'oublier!
Qui mieux qu'Audrey Hepburn, cette grande Dame au grand coeur, pouvait illustrer cette journée? Je la cite alors qu'elle répond à une question sur sa beauté (et qui s'adresse aussi bien aux hommes qu'aux femmes):

Mes secrets de beauté?
1. Pour avoir des lèvres attirantes, prononcez des paroles de bonté.
2. Pour avoir de beaux yeux, regardez ce que les gens ont de beau en eux.
3. Pour rester mince, partagez vos repas avec ceux qui ont faim.
4. Pour avoir de beaux cheveux, faites qu'un enfant y passe sa main chaque jour.
5. Pour avoir un beau maintien, marchez en sachant que vous n'êtes jamais seule.
6. Vous le faites pour les choses, mais les gens en ont eux aussi besoin : réparez-les, bichonnez-les, redonnez-leur vie, sauvez-les ... ne les " jetez " jamais.
7. Pensez-y : si un jour vous avez besoin d'une main secourable, vous en trouverez une à chaque bout de vos bras. En vieillissant vous vous rendrez compte que vous avez 2 mains, l'une pour vous aider vous-même, l'autre pour aider ceux qui en ont besoin.
8. La beauté d'une femme n'est pas dans les vêtements qu'elle porte, son visage ou sa façon d'arranger ses cheveux. La beauté d'une femme se voit dans ses yeux, car c'est la porte ouverte sur son coeur, l'endroit où est son amour.
9. La beauté d'une femme n'est pas dans son maquillage, mais dans la vraie beauté de son âme. C'est la tendresse qu'elle donne, l'amour, la passion qu'elle exprime.
10. La beauté d'une femme grandit avec les années.

mercredi 11 novembre 2009

Armistice & Liberté - "Amistad" de Spielberg


Amaury n'aura pas défilé cette année-ci. Pourtant, nous sommes très sensibles à ce jour de mémoire et éprouvons une infinie reconnaissance envers tous ces soldats qui ont combattu dans des circonstances inhumaines, que ce soit lors de la première mais aussi de la seconde guerre mondiale.
La seule chose que je pourrais apprécier dans l'association "seconde guerre mondiale", c'est l'emploi du mot "second" qui sous-entend qu'il n'y en aura plus. Jamais. Fini. Second clôture une énumération, il empêche l'arrivée d'une suite, pas de troisième, le mot le dit, il le porte en lui: c'est impossible. Cette acception étant cependant de plus en plus contestée, on aurait dû l'appeler "l'ultime guerre mondiale". Il n'y aurait plus de tergiversations. Ils n'y ont pas pensé. Dommage. J'espère simplement que la langue française ne sera pas la seule à éviter une troisième guerre mondiale...

Avec ce billet, je souhaite rendre hommage à nos soldats ainsi qu'à tous les hommes qui se battent depuis la nuit des temps -depuis que l'homme est homme- pour la liberté, la vraie. Et je ne peux m'empêcher d'évoquer ce film poignant de Spielberg dont le thème principal est la dignité de l'homme et la Liberté.

samedi 7 novembre 2009

La mer


Je sais, je me suis laissée aller dans mon dernier billet. J'espère que vous vous montrerez indulgent avec moi. Il faut dire que l'automne, les feuilles mortes, les branches nues implorant le ciel, la pluie qui tambourine continuellement contre les vitres, les journées privées de couleurs, ça ne me va pas trop.
Mais ces deux jours de congés m'ont fait le plus grand bien: entre la journée copains des enfants - pâte à sel et la journée à la mer suivie d'un dîner chez des amis que j'aime beaucoup, me voilà requinquée. C'est que les racines, ça ne se coupe pas! Et les miennes, (Amaury a beau aimer les forêts de sapins et les chemins vallonnés) c'est en grande partie le Nord du pays, ses têtards alignés comme des soldats prêts au combat, ses prairies planes et grasses et ses vaches, ses veaux et ses cochons tout aussi prometteurs, le vent qui rase le sol et entoure vos mollets, enserre votre gorge et emmêle vos cheveux et vos pensées parfois, le sel qui piquotte votre langue lorsque vous la passez sur vos lèvres desséchées, les gouttelettes d'eau de mer qui délicatement se posent sur votre bouche, l'odeur d'algue et de poisson vous suivant jusqu'à la douche chaude qui ranime vos doigts gourds, le sable qui se love dans les moindres recoins de votre corps... Mais aussi les châteaux-forts qui luttent contre l'assaut implacable de la mer, les cerfs-volants, les tandems et les cuistax, les gaufres de Siska, les fleurs en papier crépon que les enfants échangent contre des couteaux, mais surtout, surtout, la mer, pour moi, c'est cette étendue qui me ressource, le rythme des vagues qui régule ma respiration, l'horizon chargé de la malle emplie de rêves, ceux des autres et les miens aussi, et la lumière qui est toujours présente, que ce soit au travers des nuages ou dans les reflets de l'eau opaque et grise mais si lumineuse... La mer du Nord, c'est une partie de moi, violente et paisible, imprévisible et très réguliere, tout simplement emplie de paradoxes qui me sont très familiers.
photos prises avec mon GSM, faute d'appareil rose oublié, résultat étonnant!

jeudi 5 novembre 2009

l'automne - "les feuilles mortes" d'Yves Montand



Où se cachent les papillons dorés? Où chercher les artifices colorés, les rires, les flûtes, le tintinnabulement cristallin, les lustres qui virevoltent, le chatoiement des soies tourbillonnantes et les plumes de paon caressant un loup mélancolique? Où est la main gantée étreignant cinq doigts frêles sous la nappe? L'éclat de ce regard unique? Et puis les traces de pas qui se retrouvent dans le sable, le soleil qui rejoint la quiétude de la mer apaisée, le papillon qui se refugie au plus profond des pétales et le souffle qui remue délicatement les voiles des fenêtres. La sérénité s'étend et apaise les derniers soubresauts de la jeunesse exubérante. Aujourd'hui, l'automne est là, à nos portes, les feuilles craquent sous nos pas moins alertes, la rosée s'estompe et fait place à la gelée, la buée se métamorphose en givre, nos maisons se replient sur les feux de bois, nos fronts un peu ridés se rejoignent pour orienter les jeunes années... celles de nos enfants et bien plus tôt qu'on ne le pense, des enfants de nos enfants...

lundi 2 novembre 2009

Hommage à un célèbre Gaulois





Ah, mes amis français, on a envie d'y croire et d'applaudir des deux mains mais, mais, mais, vous ne trouvez-vous pas que c'est trop parfait, cette fumée qui ne se dissout pas...
Ma crédulité alertée, j'ai farfouillé et suis tombée sur ce commentaire éclairé:
"Hello Thunderbird, Thanks for your interest about our formation and about French Air Force. Im sorry for you, but this demonstration is not real, because our smokes cannot stay a lot of time in the sky. But nice video!
Best Regards
Lieutenant Stéphane Azou
Officier des relations publiques
Equipes de présentation de l'armée de l'airBase aérienne 70113661 Salon Air".
Il n'empêche que l'hommage est superbe. Un grand bravo à la patrouille de France!
(et, dites-moi, simple curiosité, Y avez-vous crû?)

dimanche 1 novembre 2009

Châteaux en Espagne ou près de chez nous

Hier, je n'ai pas eu le temps de vous raconter le visage rayonnant des enfants, les poursuites derrière le chat du voisin, les cris victorieux à la découverte des coins et recoins, le beuglement des vaches (je crois que c'est cause de nombreuses mouches en été ces bestiaux-là!), les éclats de rire, les yeux brillants d'excitation au passage du tracteur, les incessants pourquoi, la lumière orangée, l'herbe verte et si tendre qu'on se croirait au printemps, le parfum d'essences inconnues, les carrelages d'un autre temps, les escaliers branlants, le parquet qui grince... Et la découverte des chambres, ah, les chambres, chacun a élu la sienne. Il n'y a ni salle de bain ni cuisine, tout est sale, vide et mort, il n'y a même pas un lit comme le remarquait très justement ma fille, mais les enfants, doués de cette imagination si riche, se voyaient déjà transportés en ces lieux et se reconstruisaient leur univers. Des adultes miniatures, je vous dis! Ils se souciaient même de leur scolarité! De notre côté, nous faisions de même, soupesant le pour et le contre, évaluant les possibilités, imaginant l'aménagement des pièces, nous y transposant, les enfants et nous-mêmes, ainsi que notre mode de vie, nos habitudes et nos rêves. De retour à la maison, c'est ce que nous avons fait hier soir encore et c'est ce que nous nous apprêterons à faire dès que nous aurons de plus amples renseignements... C'est que ça ne s'improvise pas un tel changement de vie!

samedi 31 octobre 2009

Maison et famille

Une journée improvisée et magnifique! Ce matin, nous avons décidé de visiter des maisons que nous avions repérées sur internet.
J'ai mis du temps à rejoindre le point de vue d'Amaury, moi, l'ex-campagnarde devenue une parfaite citadine ayant job et enfants, jonglant entre les devoirs, les courses, les appels professionnels et les activités, la famille et les copines que je ne vois pratiquement plus faute de temps.
Mais finalement, j'ai compris: ras-le-bol de cet air vicié, de cette belle et grande maison mitoyenne (vous savez que mon aîné a l'impression que chez les voisins on "accouche" tous les matins (sic) ... je vous passe les détails... Amaury a fait le tour des locataires le jour même afin de leur parler), de ce stress, de ces avions, de ces camions poubelle et de ces ambulances qui réveillent les enfants, de ce rythme qui cause maux de tête et maux de dos... Vive la campagne! Comment toi? Es-tu sûre? Tu ne vas pas déprimer? Et l'hiver noir, isolée de tout, sans voisins... Que nenni! Avec les technologies actuelles et toutes les opportunités, il n'y a pas moyen de s'ennuyer. A bientôt quarante ans (très bientôt) j'ai envie de me poser, de me reposer, de profiter de l'essentiel. Pas envie de passer à côté. Alors nous avons commencé à regarder. La maison sera l'élément déclencheur et nous dira de quoi l'avenir sera fait. J'ai confiance. Et nous avons vu quelque chose qui pourrait vraiment nous plaire, où Amaury pourra donner libre court à son talent d'architecte, en pleine campagne mais près de tout... Bien sûr il y a des mais, mais c'est un début, et je crois qu'on se rejoint et je suis certaine qu'on trouvera ici ou là-bas.
En chemin vers la troisième maison, nous nous sommes arrêtés pour acheter des pantalons à notre Grand et nous nous garons face à une voiture qui... GSM le confirmant, appartient à ma soeur qui habite Arlon. Qué bonheur! Déjeuner ensemble, leurs enfants et les nôtres ravis, les adultes encore plus. Arrêt chez les beaux-parents pour un kiss et retour à notre maison de ville deux façades, pour une fondue au fromage familiale que je prépare dans la minute.
Je vous laisse car le devoir m'appelle. Profitez-en pour admirer l'aquarelle d'Amaury qui illustre ce billet. Peut-être notre village ressemblera-t-il à celui-là?

mercredi 28 octobre 2009

mardi 27 octobre 2009


Aller plus loin, toujours plus loin, savoir que c'est tout droit, qu'il n'y a pas moyen de rebrousser, on est lancé, on va de l'avant, envers et contre tout tacatac, tacatac, tacatac, tacatac.
on jette un oeil à gauche, on penche la tête à droite, tacatac, tacatac, un peu déséquilibré, c'est devant que ça se passe! Là où les rails s'unissent, là, au bout de l'horizon, ce point d'union, c'est notre destinée, notre but, notre devenir vers lequel chaque tour de roue nous dirige encore et encore...
Je ne comprends rien, où vais-je? Pourquoi? Et demain?
Avance, tout ira bien si tu as confiance !
tacatac tacatac tacatac tacatac tacatac tacatac tacatac.

photo empruntée à "from Belgium with love"

vendredi 23 octobre 2009

Sévir


Vous savez tous ce que c'est que de sévir sur un enfant pour la bonne cause, pour l'aider à grandir, pour en faire l'adulte de demain.
Mais savez-vous ce que c'est que de devoir sévir sur un adulte dans le contexte professionnel? recadrer, corriger, avertir et demeurer ferme malgré les justifications, malgré les incompréhensions, les larmes, les insultes, les menaces, les tentatives de chantage, les silences, les dos qui se détournent, les regards qui se baissent... alors que vous savez que c'est nécessaire, parce que les limites sont dépassées, parce que les accords ne sont pas respectés, parce que les rappels demeurent lettre morte. C'est dur, très dur, surtout lorsque c'est vous qui en êtes l'acteur. On me dit tous les jours: "je n'aimerais pas faire ton boulot", et j'en ris parce que je construis, j'améliore, je travaille au bien-être, j'aime mon job de manière générale, mais hier et aujourd'hui, ce n'était pas pareil, c'était l'envers de la médaille, tout ce que je n'aime pas faire, ce qui est contre nature mais que je dois faire parce que ça aussi c'est mon job et parce que c'est juste. Mais là j'ai eu ma dose, je vous assure. ras-le-bol, lasse, usée, cassée par la mauvaise volonté, l'incompréhension, la mesquinerie et j'en ai les larmes aux yeux et j'en ai été dure avec les enfants parce que c'était trop tout simplement.

lundi 19 octobre 2009

Mes Bonne-Mamans

J'ai, j'ai eu deux bonne-maman.
L'une est toujours parmi nous, vaillante, parfois vaille que vaille -son genou la fait souffrir continuellement- régnant sur sa tribu d'une centaine d'enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, causant, riant, distribuant nombre conseils et admonestations. Elle est le tronc qui nous rassemble, nous autres frères, cousins et arrière-cousins, qui nous permet de nous revoir et de nous apprécier, surmontant les différences pour reconnaître simplement ce qui nous unit: un même lieu (le lieu de nos vacances, les cache-cache casserole, les camps sur l'île, les cabanes, les glissages dans le couloir ou dans l'escalier, la fontaine qui inondait ledit-couloir, les courses sur le toit, les cachettes dans le grenier et l'exploration des caves, les tableaux pleins de trous d'échasse, le tiroir à bonbon, la cloche sonnant le déjeuner -punaise, tout le village savait quand on mangeait...) mais surtout une même personne et un même sang, bonne-maman de L.
J'en parlais dans un billet précédent à l'occasion de ses 90 ans. Quelqu'un lui a mis le billet sous les yeux: elle m'a avoué s'y reconnaître à 300%. c'est que c'est un caractère bonne-maman de L. J'aurais tant et tant de choses à écrire à son sujet, mais aujourd'hui, c'est de l'autre bonne-maman que je souhaite parler.
L'autre bonne-maman, bonne-maman de S, nous a quitté il ya quelques années à plus de 90 ans. Cette bonne-maman-là était, comment dire, l'extrême opposé de bonne-maman de L. BM de L. vit tournée vers l'avenir, BM de S portait le passé serré contre son coeur, irradiée de souvenirs qu'elle faisait vivre sous une forme ou une autre. Issue d'une famille de 11 enfants, artiste dans l'âme (ou du moins c'est ce qu'on cultivait dans sa famille) elle possédait son carnet d'aquarelles qui a atterri chez moi il y a quelques années et que je feuillète quelquefois avec tendresse et nostalgie. Elle formait un véritable orchestre avec ses nombreux frères et soeurs: elle était au piano. Son demi-queue playel est aujourd'hui entreposé pour une durée indéterminée dans le hall à glissades de l'autre bonne-maman (c'est peut-être ce qui les unit aujourd'hui, mes deux bonne-mamans). Pendant la guerre de 14 elle a passé quelques années en Angleterre, en a retenu les tisanes et le thé qu'elle nous a toujours servi très allégé comme en Angleterre (sauf que l'Angleterre le servait alors très léger car c'était la guerre ma bonne Dame puisque je vous le dis!), le tennis, le croquet et l'amour des roses.
Elle connut mon grand-père lorsqu'elle avait 30 ans et lui 20. Ils s'aperçurent trop tard de la différence d'âge, l'amour s'en était déjà mêlé. Elle accoucha un an après d'un enfant et oh surprise, une demi-heure après d'un autre. les jumeaux dormaient tête-bêche et portaient le même prénom au masculin et au féminin. Ensuite naquit mon père et encore une petite dernière.
Elle aimait beaucoup les principes et les belles idées. Elle avait un grand fourneau à charbon qui faisait tout le mur de sa cuisine et n'a jamais voulu en changer. Elle a simplement accepté d'y installer le gaz. Elle avait l'eau courante dans sa maison, mais a fait installer une pompe à eau dans sa chère cuisine, je ne sais si c'est par nostalgie ou pour profiter des vertus de l'eau de pluie (auquel cas ma grand-mère tournée vers le passé était résolument avant-gardiste...), elle avait à côté de son lavabo une petite pochette décorée de roses dans laquelle elle conservait chacun des cheveux qu'elle prélevait de sa brosse, dans le but de faire un chignon postiche pour sa chevelure qui petit à petit s'argentait. Cette même chevelure avait droit chaque semaine à un oeuf, recette idéale pour la brillance du cheveux... Elle faisait des confitures à la tomates, possédait une machine à tricoter, une Daf bleu marine qu'elle avait dotée d'une tige en métal qui l'avertissant lorsqu'elle se garait trop près du trottoir, y transportait les malades qu'elle visitait chaque semaine avec humilité et générosité. Elle allait à la messe, une fois et puis encore une autre si mon grand-père trop occupé à ramper dans les marais à guetter ses chères bécassines l'oubliait. Elle fabriquait elle-même d'énormes Saint-Nicolas en spéculoos qui demeuraient pendant des mois dans nos armoires, tondait la pelouse avec un chapeau de soleil blanc, des gants et une tondeuse anglaise, reconnaissait à la rhubarbe crue des vertus exceptionnelles (j'en ai fait les frais pendant une semaine lorsque j'avais 5 ans, je m'en souviens encore), cachait les pralines que mon grand-père aimait trop, lui demandait de couper ses cigarettes en deux ce qu'il faisait, tout en fumant deux fois deux demi-cigarettes dans son fume-cigarette), nous offrait chaque année des Quality Street, un pull rouge pour mon oncle et un vert pour mon père. Bonne-maman de S était ma marraine. A ce titre, et comme je suis née en début d'année, j'avais droit à un traitement de faveur à chaque déjeuner de Noël. Au lieu de déjeuner à la table des enfants, j'avais l'honneur de m'asseoir à côté des mes oncles et tantes et d'avoir, au moins une fois, droit à la parole, en général un peu avant le dessert. Lorsque Bonne-maman recevait elle était toujours très agitée. Toute leur vie, ses filles et belles-filles ont tenté de la soulager, mais elle tenait à s'assurer personnellement de la perfection de ses réceptions. Elle me montra un jour son carnet de bal, conservait précieusement les lettres de ses enfants et les poèmes de ses petits-enfants, les images mortuaires qui marquaient les pages de son missel, les photos des personnes qu'elle aimait. Bonne-maman ne croyait qu'en sa médecine. Je l'ai presque toujours connue se nourrissant exclusivement de riz complet, de carottes et de très peu de poisson (un régime macrobiotique, ça vous dit quelque chose? Moi, ça m'a dégoûté à jamais, cette rigueur alimentaire...) faisant des exercices pour la vue jusqu'au moment où la cataracte la rendit quasi aveugle, refusant toute canne, bâton, tuteur ou autre support à sa démarche de plus en plus courbée, pauvre bonne-maman, l'ostéoporose l'a prise de front, son front à elle ne regardait plus que le sol à la fin de sa vie. Lorsque je suis venue lui rendre visite avec Amaury, une des dernière fois que nous l'avons vue, nous avons sonné à la porte qui s'est ouverte en grinçant comme à chaque fois, peut-être encore un peu plus fort, ses yeux larmoyant essayaient de nous fixer, ses vêtements que je lui connaissais depuis près de trente ans tentaient encore de faire illusion, ses cheveux pendaient un peu lamentablement autour de son visage si ridé, lavé tous les jours à l'eau froide pour le tonifier, son corps donnait l'impression de vouloir s'effondrer dans nos bras, mais lorsqu'elle parla, c'était ma chère bonne-maman de toujours qui reprit vie dans ce corps tout chiffonné, tout usé, abîmé par les coups de la vie, mais en même temps si lumineux.
Je crois que ma bonne-maman de S aura toujours vécu un poème au coeur et une aquarelle au fond des yeux, essayant d'adapter le monde à ses rêves de jeune fille...

samedi 17 octobre 2009

Les nuits d'une maman


Les nuits d'une maman ressemblent à cette photo.
Les nuits d'une maman sont rarement noires.
Les nuits d'une maman sont en général composées de rythmes assez variés, elles sont striées d'éclats de voix, de lumière, de pleurs, de fièvre....
La nuit dernière par exemple, mon fils s'est couché avec 39,5° de fièvre. Anxieuse, je me suis levée à plusieurs reprises afin de m'assurer que la température ne montait pas. Il faut avouer que petit, il nous faisait de très fortes fièvres, à tel point que nous avons eu droit à des convulsions... J'espère que le jour de ses 20 ans, j'aurai arrêté de tâter son front à 3 heures du matin... Ma fille vient nous trouver peu après, tremblant des pieds à la tête. Elle est persuadée d'être lépreuse et veut un médicament pour la soigner. Après l'avoir rassurée, elle retourne dans sa chambre. Une demi-heure après, Chenapan se réveille et fait part à sa mère -en criant- qu'il a un besoin pressant. On a beau lui expliquer que ça n'intéresse personne (encore moins la nuit) il aime partager tous ses faits et gestes à très haute voix (et la double otite n'aide pas) et toutes lumières allumées.
Une demi-heure après, ma fille à nouveau : "Mamy, j'te jure, j'ai la lèpre, regarde, j'ai un bouton bizarre là sur le front" affirme-t-elle, toujours tremblante et terrorisée.
"Mais non, ma chérie, ton nez est toujours là, je le touche, et je ne sens pas ton bouton. retourne dans ton lit et dors tranquillement ma puce."
Le lendemain d'une business-woman maman ressemble à ça: "Salut, tu vas bien? Tu as l'air un peu malade."
"Malade, moi? Non, non ça va." Répond la super-woman les yeux pochés et le dos courbé. "Pleine forme! C'est juste cette allergie au conditionnement d'air qui me joue des tours... Et toi?"
"Oh, moi... " et on est parti pour des larmes et encore des larmes. Finalement, je me rends compte que mes maux sont vraiment insignifiants et j'esquisse un sourire sous mes yeux pochés en essayant de redresser mon dos...

photo empruntée à From Belgium with love

vendredi 16 octobre 2009

L'art de déléguer


Je pensais m'arrêter sur les beautés de mon métier (sans doute parce que je suis confrontée ces jours-ci aux aspects les plus pénibles de celui-ci: avertissements, absentéisme à gérer etc etc...) mais je suis tombée sur un billet de Bérangère qui me laisse bien songeuse. Elle y parle de sa difficulté à laisser faire ses enfants, alors qu'elle agirait mieux et plus rapidement qu'eux.
Que ce soit dans le cercle familial ou professionnel, nous sommes tous tentés de prendre sur nous. Pourquoi?
Bérangère fournit la majorité des réponses: avoir la paix, être certaine du résultat, gagner du temps.
En même temps, l'enjeu est primordial: une mère (je ne parle pas d'elle bien entendu) qui fait tout à la place de sa progéniture ne permet pas à celle-ci de grandir, de faire des expériences, de se tromper, d'arriver à des résultats, de se former. Un chef qui ne délègue pas ne permet pas à ses subordonnés d'apprendre, d'évoluer, de prendre des initiatives et étouffera tout esprit d'équipe.
L'art de déléguer, c'est :
s'assurer que la personne aie les compétences nécessaires pour mener à bien les tâches qui lui sont confiées;
convaincre la personne qu'elle est capable d'assumer la tâche qui lui est attribuée et expliquer pourquoi on lui fait confiance;
lui faire confiance;
transmettre l'information nécessaire à la bonne exécution de la tâche;
se rendre disponible pour répondre aux questions éventuelles;
comprendre l'erreur si elle n'est pas répétitive;
évaluer le travail effectué avant de prendre une décision;
et peut-être le plus difficile de tout:accepter que le subordonné prenne du galon.
Si on agit de la sorte, je peux vous assurer que le manager et la mère (qui est un manager exposant 6) perdront sans doute un peu de temps au début, mais rapidement, ils pourront se reposer sur de nouvelles personnes de confiance.
A bon entendeur...

mercredi 14 octobre 2009

Mais où est-elle?


Mais où est-elle? Où est ma cuillère Mickey? Je sais, je devais rester à table, mais comprenez-moi, lorsque je voudrais m'exprimer, je n'ai jamais droit à la parole, les autres sont déjà en train de parler. Alors, je fais du bruit, je tape mon couteau contre mon verre, je fais des pyramides avec les ronds de serviettes, j'étale toute sorte de jolies couleurs autour de mon assiette, style jaune d'oeuf, rouge ketchup, rose grenadine, vert épinard, je chantonne et me balançant et en faisant gentiment grincer ma chaise, on me demande de ne pas interrompre, d'attendre mon tour, d'arrêter de gigoter, de retirer mon coude à table, alors j'y mets les deux bien en évidence, au moins, on fait attention à moi, et quand enfin on se tourne vers moi "vas-y raconte-nous", je ne sais plus ce que je voulais dire. C'est malin! En plus, je ne peux pas me lever de table et j'ai une envie pressante. Je me suis trompé, je pensais ne pas devoir y aller... Pas de chance! Comme je suis grand mais quand même encore petit, je reçois finalement la permission de me lever. Pensez si j'en profite. Je file m'exécuter pour disparaître ensuite à la cuisine. trop bon tout ce qu'on trouve dans le frigo, surtout lorsque Maman Chérie (je l'appelle de plus en plus comme ça, j'ai vu que ça la faisait craquer) fait les courses. Je prends un grand tabouret, me hisse dessus et prends un flan. Comme je me débrouille bien tout seul! Oups, une pile de Gervais est tombée par terre et il y en a un qui est éventré. Pas grave, j'essuie avec ma serviette, ni vu ni connu. Ils se sont rendu compte de mon absence prolongée et me rappellent. Me dépêcher... trouver ma cuillère préférée... Mais où est-elle???? On m'appelle encore et encore, aie, aie, aie, faut que j'y aille, à bientôt!

lundi 12 octobre 2009

"Bécasse", détail d'une aquarelle d'Amaury

L'automne, les feuilles rousses qui craquent sous nos pas, les branches qui nous fouettent le visage, l'odeur âcre des champignons, de la mousse, des écorces, les brumes qui se mêlent à la rosée matinale, le soleil jaune pâle traversant timidement le ciel chargé, le souffle accéléré qui accompagne le rythme de nos pas... Soudain, c'est la nature entière qui s'ébroue et quitte cette somnolence à laquelle peu à peu elle s'habituait: les feuilles frémissent, les taillis s'écartent afin de ne pas blesser l'envolée d'ailes et de plumes qui tentent de se frayer un passage au-dehors des ronciers qui l'agrippent, des fougères qui obstruent la voie vers la douceur paisible des hauteurs ennuagées. Elle oblique, virevolte, tourne, braque, plonge, change de stratégie une fois et puis une autre, concentrée... échapper encore une fois...

J'ai un mari chasseur, un réel amoureux de la nature à qui je dois de nombreuses très belles découvertes, moi, l'habituée des cygnes et des paons et des canards de mes pères d'origine brugeoise...
Un chasseur qui aime les Ardennes et ses bois de sapins, qui respecte infiniment le rythme de la nature, qui est à son écoute, connaît ses forces mais aussi ses maladies, vibre avec elle, souffre quand elle est maltraitée, ça mérite un immense respect, je vous assure.

vendredi 9 octobre 2009

Star

Il y a des années de cela, bien avant que je ne connaisse Amaury, je suis tombée amoureuse d'un jeune homme charmant, beau, doux, tendre, orgueilleux. Un beau jour, je me suis retrouvée dans ses bras, sans savoir comment, la tête posée sur son épaule, ses bras m'enserrant avec chaleur, son souffle effleurant ma nuque, ma gorge palpitant au rythme accéléré de la joie d'être là avec lui et de l'angoisse que cela provoquait en moi. Nous étions sur un banc public, les voitures passaient en trombe à gauche et à droite...
Je crois bien que c'était un coup de foudre.
Peut-être est-ce pour cela, peut-être pour mille autres raisons qui sont enfouies en moi, je lui ai demandé de ne plus chercher à me revoir. Il n'a pas compris. Il devait quitter la ville parce que ses études l'appelaient ailleurs, il m'a tourné le dos et puis les larmes dans les yeux (je ne saurai jamais si c'était de tristesse ou de rage) il s'est tourné vers moi pour me lancer :"Tu ne veux pas de moi parce que je ne suis pas assez bien pour toi. Mais je te jure qu'un jour tu me verras à la télé!". Il ne m'a pas donné l'occasion de me justifier, de contredire ces paroles dures et injustes.
Des années plus tard, ahurie, j'ai reconnu sa photo illustrant un programme télé. Il présentait depuis un bon bout de temps déjà une émission à grand succès.
A mon tour, j'en avais les larmes aux yeux: finalement, il avait obtenu ce qu'il voulait. Il était là, animant l'écran de télévision, parlant avec aisance, le nez toujours aussi insolent, le sourire narquois. Il s'était accroché et était arrivé là où sa volonté le guidait.
Et puis je l'ai retrouvé encore et encore, dans une émission ou un magazine, dans des interviews...
Je ne suis pas sûre qu'il se soit souvenu des paroles qu'il m'a dites ce jour-là. Moi je m'en suis souvenue.
J'ai retrouvé ses coordonnées, ai rédigé un mail et puis un autre. Pour le féliciter, pour lui exprimer la joie que je ressentais pour lui. Pour, peut-être, enfin, pouvoir lui expliquer.
Tous effacés. Jamais envoyés. A quoi bon maintenant. Laissons le passé là où il est, laissons-le à sa gloire et à ses émissions. Espérons qu'il ait trouvé son bonheur. C'est tout ce que je lui souhaite.

mercredi 7 octobre 2009

Aquarelles

Détail d'une aquarelle d'Amaury.
On s'y croirait, vous ne trouvez pas? Ce souffle marin, cette odeur d'algue verte, ces mèches de cheveux iodées qui se collent à votre front, la langue que vous passez sur vos lèvres craquelées et piquantes de sel, les doigts gourds, le cri des mouettes, le craquettement des cigognes, les vanneaux huppés, le Zwin...

mardi 6 octobre 2009

Punition

Qu'il est difficile de punir un enfant (même si camoufler le sourire qui se dessine devant la drôlerie de nos pitres irrespectueux est parfois bien difficile...)! Mais que ces punitions sont nécessaires afin de discipliner les lutins sans limites aucunes.
C'est étrange. Chez nous, il a fallu tout délimiter, chaque parcelle de terrain conquis ou à conquérir, l'inaccessible, l'intouchable, tout a été tenté, essayé, du bout des doigts, derrière le dos ou de front, si nécessaire à force de coups de gueule et de coups de pied. Et les punitions ont évolué en fonction des réactions et des révolutions: comment mettre votre enfant dans le coin quand il le quitte en vous narguant? Lui tenir la nuque le nez collé à la paroi? Pas très éducatif et bien violent, non? Que faites-vous quand il vous crache dessus, qu'il vous menace de vous couper la tête, que quand il reçoit une fessée, il tape plus fort? L'enfermer dans sa chambre? Alors que vous savez qu'il ouvre sa fenêtre et s'assied sur l'appui de fenêtre? Priver de bonbon, de dessert, de télé... La lassitude s'installe rapidement face à celles-ci et la punition finit par faire partie d'un quotidien gris et banal, tout ce qu'on déteste.
Heureusement, j'ai constaté avec nos trois qu'au moment où étions réellement à court d'idées, notre descendance s'assagissait. Heureuse coïncidence ou nature humaine?
Peu importe... En lisant les billets et commentaires de toutes ces mamans d'ados, je me rends compte que nos petites punitions, distillées avec intelligence et parcimonie ont leur raison d'être et forgent nos enfants pour demain. J'espère cependant ne jamais être confrontée à des ados à punir. Aujourd'hui, je ne me sens réellement pas prête pour ça. Et cela a-t-il une raison d'être?

dimanche 4 octobre 2009

Envolée - "Clair de Lune" Debussy



Une portée aérienne
Une envolée céleste
Et puis une attente
Toujours plus près
Toujours plus fort

L'attente du mouvement, de la main qui effleure les touches de son pinceau de soie, les caresse, les entoure, les pose, les noue, les dénoue, les renoue encore pour offrir enfin cette vivante nuée



J'ai emprunté ces aquarelles à Epistyle, que je remercie de tout coeur.

vendredi 2 octobre 2009

"84, Charing Cross Road" de Helen Hanff - Redu


"84, Charing Cross Road" est le recueil d'une correspondance entre une écrivaine américaine à la recherche des livres qu'elle ne trouve pas dans son pays et l'employé d'une librairie anglaise spécialisée en beaux livres anciens. Cette correspondance de plus de vingt ans qui prend place au début des années 50 et est, au départ, purement professionnelle devient peu à peu le vecteur d'une réelle amitié, favorisée par l'humour corrosif et à propos de l'Américaine et par les répliques empruntes de flegme britannique de Doile, l'employé de Marks & Co. Elle se charge de quelques confidences, de traits d'esprit, d'échange de recettes, de chroniques journalistiques et finalement, c'est tout le personnel de la librairie qui attend avec impatience les lettres de l'américaine, recevant compliments ou remontrances, conseils et cadeaux et lettres aussi parfois.
Cette correspondance prendra fin au décès de Doile, alors que Helen Hanff avait planifié à plusieurs reprises une visite qui sera une fois et une autre reportée. respirera-t-elle un jour le parfum poussiéreux de la librairie?
Un film en a été inspiré, interprété par Anne Bancroft et mon cher Anthony Hopkins. Il est lent, trop lent pour beaucoup, mais pour les amoureux du livre et du verbe, pour ceux qui apprécient les finesses de l'amitié, je suis certaine qu'il leur plaira. Moi en tout cas, je ne me lasse pas de le regarder, encore et encore.


Pour continuer à répondre à Mathéo, Redu est un tout petit village ardennais qui se caractérise par ses nombreuses librairies spécialisées. A voir mais en-dehors des événements grand public qui lui enlèvent beaucoup de charme de surtout de tranquillité. Or quand on se penche sur des livres que recherchons-nous si ce n'est un peu de quiétude?

jeudi 1 octobre 2009

dauphins

Pour Manderley, ce moment de grâce, parce qu'elle a choisi le dauphin et a besoin d'un sourire, et parce que je m'appelle Delphine, qu'on me surnommait Flipper au Paraguay, que je n'ai pas choisi mon prénom mais que je l'aime et que j'aime cet animal...



J'ai été inspirée par Myosotis à qui j'ai emprunté cet extrait.

Talents cachés


En passant sur un blog que j'apprécie et de là sur un autre, j'ai découvert de très belles aquarelles. Je n'en dirai pas plus pour le moment, car je souhaite m'y attarder quelque peu, ou du moins et avec l'accord de l'auteur (qui m'a déjà été donné :-) y faire quelques emprunts...

Je n'en dirai pas plus aujourd'hui car cela m'a mis face à une évidence: j'ai un mari qui a de nombreux talents cachés. Lui-même, architecte de métier, est trop humble pour les dévoiler, alors je voudrais lever un coin du voile ce soir... Il a peint de nombreux paysages pour ensuite s'intéresser aux animaux. J'ai repris son carnet de croquis, mais n'ai pas trouvé celles que j'aime particulièrement. Ce sera pour la prochaine fois. Mais celle-ci vaut quand même la peine non?

mercredi 30 septembre 2009

Crise et burn-out


Ces derniers jours on parle beaucoup de France Telecom et de la cascade de suicides qui malheureusement sévit au sein de ses murs...
J'ai longuement porté ce sujet douloureux, étant moi-même confrontée à des personnes souffrant dans leur travail comme dans leur esprit et dans leur corps de la désorganisation d'une nouvelle organisation. Elles ont été plusieurs à me confesser que les jours suivant le déménagement elles avaient des douleurs d'estomac, des nausées et des migraines... Ils sont nombreux à ne pas encore être à jour dans leurs dossiers parce que la fusion a eu lieu en période de vacances, au moment où les effectifs étaient réduits...

Deux conseils médicalement (scientifiquement) prouvés: une demi-heure de sport par jour équivaut à plus d'un anti-dépresseur, alors ne parlons pas du rire!
Chez nous, nous avons la chance d'avoir des responsables réellement préoccupés du sort de leurs employés dans un esprit de justice. De nos jours, c'est plutôt rare. Pas de politique, pas de racisme, mais un réel esprit d'équipe, une volonté de faire avancer les choses, un souci de professionnalisme... qui compensent les difficultés de la fusion et me font penser qu'on va surmonter la tête haute cette période sensible.
Quand je rentre épuisée de travailler dans l'urgence sans pouvoir me concentrer le temps nécessaire sur un dossier, j'essaie de me rappeler la chance que j'ai de cotôyer des collègues de réelle valeur.
L'enseignement, qui connaît un taux de suicide alarmant, devrait peut-être repenser l'encadrement des instituteurs et les services mis à leur disposition. Les réformes annoncées en Belgique ne les aideront certainement pas à se sentir valorisés... (Ah si je pouvais souffler quelques conseils à l'oreille de nos ministres... On peut toujours rêver...)
La photo est une fois de plus empruntée à From Belgium with love.

dimanche 27 septembre 2009

Excursion

Cet après-midi, comme nous jouissons encore d'un temps qui met tout le monde de belle humeur, nous décidons de faire une excursion culturelle en plein air : la butte du Lion de Waterloo et son panorama, butte devant laquelle nous passons régulièrement à 120 km/h en tentant vainement d'en saisir quelques images.
Nous voilà donc escaladant les 226 marches raides, hautes et étroites, les enfants bondissants comme de jeunes chevreaux, Amaury pestant parce que ses genoux accusent leur nombre et moi stressant pour ma progéniture. Je ne sais pas ce que les enfants en auront retenu, j'avoue avoir été amusée (et un tout petit peu effarée) en entendant leur commentaires:
"Pourquoi les Tartares attaquent les chevaux?" demande Chenapan (c'est un fan de Zorro (le vieux en noir et blanc) et de Michel Strogoff (le vieux aussi mais en couleur), ceci explique sans doute cela..)
"Hé, ce sont des Barbies géantes" s'exclame Machérie devant les mannequins anglais gisant çà et là parmi chevaux blessés et armes abandonnées.
"Napoléon était Anglais" ajoute-t-elle, très fière de sa culture encyclopédique.
Et Grand d'essayer de se remémorer le nom des Généraux des différents pays.
Et Amaury d'instruire les enfants.
Et moi de combattre mon vertige grandissant. Ca se confirme : sans enfants, je suis comme un poisson dans l'eau en hauteur ou en profondeur, mais dès qu'ils pointent leur nez, qu'ils soient à moi ou à d'autres, mon coeur de mère travaille sur mon subconscient et tous les dangers se profilent devant moi, dont les chutes diverses et variées font bien entendu partie. Si vous aviez vu l'unique garde-corps qui se limitait à un tuyau en métal fixé à un mètre du sol et sachant que Chenapan ne fait pas un mètre, mon imagination l'a vu dévaller la butte de 40 mètres au moins 10 fois . Et devinez ce qui se trouve au pied de la butte? des bollards en béton. Alors, justifié ou non, mon vertige?
ci-dessous, Charlot, que les enfants ont reconnu dans la voiture!


samedi 26 septembre 2009

A chacun sa marche!


Vais-je vous parler du "jour du dépassement"? Trop triste ! Notre pauvre planète est bien mal en point. Je n'ose imaginer ce que nous réservons à nos enfants et petits-enfants...
Vais-je vous parler de tous ces cookies "slow" qui ralentissent régulièrement mon ordinateur? Non, pas très sympa comme sujet, surtout qu'il évoque immanquablement les remontrances d'un époux épouvanté par le nombre de cookies et m'accusant de me balader n'importe où sur la toile. (je tiens quand même à remarquer qu'il utilise autant mon ordi que moi -facile, il est au rez-de-chaussée! et qu'il se balade sur le net tout autant que moi...).
Non, aujourd'hui, j'ai décidé de vous parler des marches de notre escalier.
J'ai deux heures sans enfants aujourd'hui, à moi, rien qu'à moi! C'est si exceptionnel que je fais mille et un projet pour finalement commencer par le plus urgent: ranger les papiers éparpillés sur mon bureau -qui est, lui aussi, au rez-de-chaussée et sert donc de vide-poche à Amaury et aux enfants! J'y retrouve pêle-mêle une petite voiture, mes factures, des dessins, un coussin brodé, une jupe de barbie et j'en passe. Je classe, je troutroute, j'empile les factures à payer et me retrouve avec un bureau vidé de tout mis à part mon appareil photo (rose pour qu'Amaury ne me l'emprunte pas mais ça lui est égal donc j'aurais mieux fait d'acheter l'argenté), des cartouches d'encre de toutes les couleurs mais comme je n'écris pratiquement plus, elles vont encore y rester un long moment, mes écouteurs, une boîte de CD Rom et... c'est tout. Heureuse de mon labeur, je m'empresse d'aller à pied à la banque, il fait tellement beau, et paie les factures, garderies, activités, piano et me rends compte qu'une fois encore, ce n'est pas demain que... Soupir! Je rentre et là décide de m'attaquer à la salle à manger et au salon. Il faut savoir que nous n'avons pas de salle de jeu, ce qui a pour conséquence une table de salle à manger qui sert tour à tour de grand bureau d'étude au retour de l'école, d'atelier pour les bricolages, de tour à escalader et accessoirement de table de salle à manger. J'y trouve du courrier, des devoirs, des bijoux d'enfants, des boutons arrachés, un pistolets à bille, une guitare en plastique, des BD, des cravates, deux vestons et j'en passe. C'est fou ce qu'on peut accumuler en quelques jours! Je dépose religieusement tout ce que trouve sur les marches de l'escalier. Chacun à droit à la sienne, de Loulou à Chenapan, en passant par Grand et Machérie. Ils sont priés de monter leurs affaires le soir-même sinon tout ce qui reste va à la poubelle. Je change les fleurs du salon, lisse les canapés, ramasse des chips écrasés par terre, efface toute trace de poussière et de doigts sales tout en étant bercée par une sonate pour violon et harpe de Bach. Quand enfin, tout est rangé, je m'assieds courbaturée mais soulagée et heureuse, une tisane me tenant compagnie pour enrayer ce grattement de gorge, vous savez, huhum, huhuhum, ça ne fait pas mal, mais vous sentez que les microbes sont en train de prendre leurs quartiers dans votre organe vocal. Comme il a été suivi de plusieurs séries d'éternuements et que j'ai la tête lourde, je préfère prendre mes précautions.
Je contemple souriante la maison qui s'apprête à accueillir les deux grands revenant de leur mouvement de jeunesse et Chenapan qui était à un goûter à la campagne, tous chaussés de bonnes grosses bottines bien boueuses.........


Escalier de la librairie Lello à Porto.

jeudi 24 septembre 2009

Vue de Bruxelles par un Dead rider (réponse à Loulou)

Je ne sais pas si ça remplacera un jour le saut à l'élastique et la maintenance des câbles à haute tension, mais c'est assez impressionnant. Et puis, la vue est sympa, ce qui ne gache rien. Pire que l'ascenseur d'Eurodisney, vous croyez? (oui oui, Amaury nous a emmenés là-bas, nos deux grands et moi-même, moi assez dubitative et nous tous revenus "enchantés" .

lundi 21 septembre 2009

Interdit à...

Ce soir, je me dirige vers la chambre de mon grand, vous savez, le pré-ado qui me dit qu'il en a marre des enfants mais n'a que 9 ans ou déjà 9 ans... Donc, je me dirige vers sa chambre pour lui dire bonsoir et m'apprête à entr-ouvrir sa porte lorsque je tombe nez à nez avec ce panneau scotché à sa porte: interdit à la "sigaret' et au "amesterre". (Ne vous formalisez pas pour l'orthographe, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture se fait en néerlandais chez nous, le français suit très vite. )
La cigarette, je crois que c'est pour la forme, le hamster a été rajouté après une visite des plus contestées en ces lieux très privés... J'espère simplement ne pas y trouver demain "interdit à mam ou à dad"!

samedi 19 septembre 2009

"Sempre Libera" Verdi (Le Maître de Musique)

Hier nous regardions un court instant l'inauguration de la gare liégeoise et sommes arrivés au moment où il y avait une espèce de spectacle autour du merveilleux "Sempre Libera" de la Traviata de Verdi. Mais quel saccage, quelle lamentable démonstration! Amaury ne me rejoint pas sur ce point, libre à lui, mais cela m'a ramené à cette interprétation-ci, extraite du film "Le Maître de musique", qui, si vous n'avez pas eu l'occasion de le voir, vaut certainement le détour.

vendredi 18 septembre 2009

Calatrava face à Bond


Aujourd'hui, la Belgique entière parle de l'inauguration de la gare des Guillemins dont l'architecte n'est autre que le célèbre Calatrava.
Mais saviez-vous que ce chef d'oeuvre architectural avait inspiré un scénario il y a 6 ans déjà: "James Bond au pays de Maigret"? J'ignore si Eon Production, la maison de production de James Bond a réagi à la lecture du scénario. Ce que je sais, c'est que le scenario prévoyait des scènes dans des lieux prestigieux de la région de Liège tels que la nouvelle gare, le circuit de Francorchamps, les bâtiments de la FN et les escaliers Van Bueren.
On peut toujours rêver et imaginer l'agent secret se balader dans les rues de nos villes et se battre dans nos édifices...

mercredi 16 septembre 2009

Simone Weiss





Des photos de Weiss, que je viens de découvrir par l'intermédiaire de Bérangère, il y en a encore et encore... Comment voulez-vous choisir, quand elles sont toutes plus belles les unes que les autres, quand toutes racontent une histoire, quand chacune provoque l'émotion, pour reprendre les paroles mêmes de l'artiste:
« Quand je suis venue à Paris, j'ai pu travailler chez Maywald à qui un ami m'avait recommandée. J'y ai travaillé dans des conditions inimaginables aujourd'hui, mais avec lui j'ai compris l'importance de la lumière naturelle. La lumière naturelle comme source d'émotion ».
« Je n'aime pas les choses très éclatantes mais plutôt la sobriété… il ne s'agit pas d'aimer bien, il faut être ému. L'amour des gens, c'est beau. C'est grave, il y a une profondeur terrible. Il faut dépasser l'anecdote, dégager le calice, le recueillement. Je photographie pour conserver l'éphémère, fixer le hasard, garder en image ce qui va disparaître : gestes, attitudes, objets qui sont des témoignages de notre passage. L'appareil les ramasse, les fige au moment même où ils disparaissent ».

Merci pour cette découverte!

"Internet est chronophage" (réponse partielle à Célestine)

Je reprends l'expression laissée par Amaury sur le blog de Célestine et confirme: la toile est réellement chronophage quand on n'y prend garde, mais elle peut être un outil merveilleux, une source d'information exceptionnelle et permet même, à certaines occasions, la découverte de personnes avec lesquelles on partage de nombreuses affinités. Ses amitiés sont-elles purement virtuelles? Quand on partage les mêmes passions, on va nécessairement au coeur de celles-ci et on se rend compte que la virtualité est dépassée par la réalité des informations échangées.
Je posais récemment la question suivante à mes amis blogueurs : Combien de temps passez-vous à bloguer? et les réponses étaient plus intéressantes les unes que les autres, mais en synthèse, la réponse unanime était: "Beaucoup trop de temps", sans pour autant qu'il y ait volonté de changement.
Maintenant, pour continuer au sujet de la frontière réel / virtuel, je peux vous raconter que je connais trois couples qui se sont rencontrés sur internet, et qui sont beaucoup plus unis que ne le sont nombre de couples "standards", sans doute parce que, comme dans le film culte "Vous avez un message" (ah, cette petite libraire qu'incarne Meg Ryan et qui se bat pour sauver sa charmante boutique pour enfants, "the shop around the corner"...) les barrières de la première impression n'existent pas et que d'emblée, on se livre -ou on triche, mais là on s'en rend rapidement compte... Et puis encore, on s'ouvre parce qu'on ne risque pas de croiser son interlocuteur et vient le (beau) jour où on a envie d'aller au-delà du clavier et de l'écran...
Enfin bref, pour reprendre ce que j'ai déjà dit dans un de mes commentaires, bloguer, c'est créer, se découvrir et découvrir, s'enrichir, échanger...et se construire aussi.

lundi 14 septembre 2009

Willy Ronis II

"Petit Parisien"
"Vincent endormi"
...Et je ne peux m'empêcher de partager avec vous encore ces deux chefs d'oeuvre de Ronis qui me bouleversent à chaque fois que je les contemple, comme on contemple, émerveillé, son propre enfant.
C'est l'émotion que dégage la photo qui fait la différence entre l'artiste et le commun des mortels, vous ne pensez pas? Alvaro parlait en se référant à l'architecte Peter Zumthor d'atmosphère. Personnellement je préfère parler de l'émotion que suscite cette atmosphère...
Quoi qu'il en soit, un grand Monsieur nous a quitté.

"Les amoureux de la Bastille" Willy Ronis


Je laisse la parole à Willy Ronis qui raconte ses retrouvailles avec le couple de cette très belle photo.

"Je suis allé les voir, ils s'appelaient Riton et Marinette, et j'ai vu qu'ils avaient le poster encadré dans le café, qui se trouvait à l'angle de la rue du Faubourg-Saint-Antoine et de la rue des Tournelles. Ils m'ont accueilli cordialement. Ils n'étaient montés qu'une seule fois sur la colonne, ils s'en souvenaient parfaitement. Ils venaient de l'Aveyron et, à l'époque, ils n'avaient pas encore le bistrot. Ils ne l'ont eu que deux ou trois ans plus tard, alors qu'ils étaient mariés. Et le plus étonnant, c'est que sur la photo, dans la direction où ils regardent, on voit le coin de l'immeuble où se trouve le bistrot !" Willy Ronis extrait de Virginie Chardin, "Paris et la photographie. Cent histoires extraordinaires, de 1839 à nos jours", Parigramme, 2003.