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mercredi 26 février 2014

"Une larme m'a sauvée", Angèle Lieby


 


Une femme allongée, les paupières closes, les bras le long du corps, de l’herbe, un ciel bleu, mais pas trace de larme malgré le titre accrocheur et qui semble trompeur : il ne s’agit pas d’un polar, encore moins d’une histoire d’amour à sortir les mouchoirs et faire sangloter les pubères. Quoi que…

Angèle Lieby est une quinqua heureuse, bien dans sa peau et ses baskets, bosseuse, fonceuse, sportive et positive. Jeune grand-mère, elle travaille à l’usine, où elle installe des monnayeurs sur les barres métalliques des caddies. « Tout va bien, vraiment, puisque je suis en pleine forme et que je suis heureuse. » (p. 21)
Hélas, de petits signaux d’alarme se manifestent sans toutefois attaquer l’optimisme indécrottable de la protagoniste : mal de gorge, fatigue, picotement dans les doigts. Et puis, soudain, cette insupportable migraine qui l’incite à se rendre aux urgences sans plus attendre. « J’ai la sourde impression que quelque chose de grave est en train d’arriver, mais je ne sais pas quoi. » (p. 22)
Peu à peu, son corps semble s’engourdir : parler, manger, respirer même devient laborieux. Trimballée d’un service à l’autre, elle subit toute une batterie d’analyses, sous le regard interrogateur  et vaguement inquiet des médecins qui finalement, prennent la décision de la faire glisser dans le coma « afin de me sauver la vie d’abord. Et de comprendre ensuite ce qui l’a mise en danger, subitement, sans raison. » (p. 28)
Angèle se réveille et se souvient : l’obscurité, le silence, la cage, l’emprisonnement, c’est son corps qui l’oppresse et refuse de lui obéir. Elle entend les conversations, reconnaît son mari et sa fille qui parlent à côté d’elle. Son état semble irréversible, le médecin prépare ses proches au pire : seules les machines la maintiennent en vie, il faut envisager de la débrancher. Emplie de désespoir,  Angèle hurle son envie de vivre et son amour, « Ecoutez mes appels muets, brisez les murs de mon corps et alors vous verrez que je n’ai rien » (p. 52), pauvre cri silencieux ! Ne lui reste que la prière, souvenir d’enfance, « douceur des bons sentiments » (p. 44) à laquelle elle s’accroche avec toute la force de son impuissance. « Est-il possible qu’il n’ait rien vu ? Qu’il n’ait rien repéré de mon âme inquiète ? Mon âme qui crie, qui pleure et appelle au secours ? » (p. 32) Elle est désemparée de ne pouvoir se faire entendre, bouger les lèvres, tendre la main, toucher, caresser, appeler au secours : « j’avais compris que l’on me croyait inconsciente ; je comprends désormais que l’on me croit morte » (p. 53), si désemparée qu’un miracle se produit : une larme perle de ses yeux et roule sur sa joue...
« C’est comme si la prison de mon corps s’était entrouverte enfin sous les coups de boutoir de mon esprit . » (p. 89)
Outre une réflexion sur sa situation exceptionnelle et la position plus que discutable du médecin anesthésiste qui a décidé de manière unilatérale de la débrancher, le témoignage bouleversant d’Angèle véhicule deux messages essentiels :
« Avoir la vie d’un autre entre ses mains ne fait pas nécessairement de soi un dieu. » (p. 220)
mais surtout
 «Aujourd’hui, je sais qu’il est essentiel de parler même à ceux que l’on croit morts. Aujourd’hui, je sais qu’un malade est condamné si personne ne vient le voir. » (p. 39)
« Le soulagement de la douleur, physique ou morale, doit être la préoccupation majeure des soignants, quel que soit l’état du malade. » (p. 221)

éd. des Arènes, 2012

 

vendredi 23 décembre 2011

Noël des enfants



Ces "silhouettes" de nos trois sont réalisées par Emilie. N'hésitez pas à passer chez elle,
Elle fait des merveilles:

 Notre Grand, Pitchounette et Chenapan vous souhaitent une fête de Noël douce et emplie d'espérance avec une pensée toute particulière pour certains d'entre vous et de mes proches pour qui ce n'est pas une fête très heureuse...


Pour vous, cette crêche universelle dessinée par ma nièce Victoria (premier prix de l'école.)
Pour vous également ce "Noël des enfants du monde" chanté par notre fille et sa classe (cette version-ci n'est pas la leur mais elle est tout aussi belle.)

mercredi 14 décembre 2011

L'insoutenable folie de l'être



Comment partager de tendres moments avec vous quand on ne comprend plus rien? Comment rire lorsque le poids de la misère humaine devient insoutenable? Comment se réjouir alors que les familles pleurent leurs morts et leurs blessés, que les enfants écorchés, blessés à l'âme et au corps, ont vu de leurs yeux vu la folie en action? Que des ados fêtant la fin des examens ont été la cible d'un "sociopathe" ? Comment ce sociopathe court-il dans les rues illuminées, des armes pleins les mains et les poches? Pourquoi est-il si connu de nos services de police? Pourquoi Florence, et Utoeya et Colombine et toutes ces autres scènes de tragédies qu'on ne pourrait imaginer ni au théâtre, ni au cinéma, ni dans les livres tant elles sont innommables, mais qu'on retrouve chez soi? Pourquoi une folie si meurtrière? Parce que la personne est blessée, meurtrie, abîmée, humiliée? Je ne sais pas. J'ai connu une petite vieille à qui de temps à autre je rendais visite et qui revivait son mariage heure après heure. Elle m'entraînait alors dans une valse en chantonnant et en riant, les yeux tournés vers le ciel... La folie peut aussi être belle et heureuse, c'est peut-être elle qui nous sauvera.

lundi 28 novembre 2011

Chenapan



Chenapan la semaine dernière,
faisant une blague au photographe
  Notre Chenapan est malade. Encore? Ben oui. Rien de grave, de la fièvre et encore de la fièvre, les yeux larmoyants, le front brûlant, les joues creusées, les amygdales de la grosseur d'un ballon de football selon l'intéressé, le sourire toujours délicieusement, tendrement présent. Rien de grave si ce n'est que ce samedi, il devait se transformer en dauphin pour guider tous les petits poissons vers la croisière qui conduit à Saint Nicolas, le vrai, celui qui n'est pas déguisé, celui de l'hôpital pour qui tous les enfants malades ainsi que le corps médical, professeurs compris, préparent un mégaspectacle qui amusera le vieux Saint. Malheureusement, la fièvre n'est pas admise à cet étage de l'hôpital: elle est dangereuse pour les enfants qui se promènent trop souvent avec des masques, des casquettes ou des foulards.
Effondré de chagrin, les petits bras de Chenapan m'enserrent la taille tandis que son visage plonge dans mon chemisier. Ses larmes une à une traversent le soyeux tissu pour se mêler à ma peau, celle de ce ventre qui l'a porté pendant de longs mois, qui s'est tendue à l'extrême pour ensuite le recevoir tel une offrande d'amour. Mon tout petit, mon grand, mon moi, j'aimerais tant prendre ton chagrin comme je t'ai porté jadis, effacer ta douleur alors que j'essuie tes larmes et que je passe mes doigts dans tes cheveux et sur tes joues inondées de tristesse.
Heureusement son père adoucira son chagrin, lui qui, absent l'année dernière, a refusé une activité pour son petit. Il partira seul,  filmera le spectacle et parlera à Saint Nicolas, lui racontant comme il est courageux et coquin, aimant et colérique, généreux, tellement généreux...

dimanche 6 novembre 2011

Berlin, U2 "one"











Berlin? Ah oui, vous me demandez comment j'ai trouvé Berlin? Ce voyage était indirectement patronné par U2 qui fêtait le vingtième anniversaire de son album "Achtung Baby". L'hôtel correspondait à l'image qu'on s'en était faite, totalement déjanté, fréquenté par des artistes et par...nous, artistes en herbe.
Berlin Est est malheureusement encore lugubre, les anciennes façades repeintes sont... plates, les nouvelles sont.. modernes, les bâtiments historiques sont.. prussiens, lourds et imposants, la porte de Brandebourg est ... petite, les bobos sont... âgés, et le mur est omniprésent.
Mais nous sommes tombés sous le charme des Ampelmann, ces petits bonshommes de l'Est qui règlent la circulation et dont la singularité s'est imposée à l'Ouest, de cet aigle aux cadenas d'amour, surplombant certainement un nouveau pont des soupirs, et enfin, nous avons été impressionnés par cette manif plus vraie que nature et saisie au hasard d'une balade organisée.

mardi 4 octobre 2011

le petit (chat) hamster est mort




Le petit chat hamster est mort. Le hamster de notre Pitchounette.

Je fais réciter les leçons de l'un et l'autre grand tout en m'occupant de Chenapan malade. La cage de Spi semble bien silencieuse, encore davantage que ces derniers temps. C'est que Spi se traîne et trimballe plusieurs tumeurs. Ses apparitions se font plus brèves, son appétit se réduit comme peau de chagrin, ses pirouettes font partie d'un passé qui semble déjà lointain. Nous l'avons emmené chez le vétérinaire bien sûr,  davantage par amour pour notre fille que pour cette souris pourtant bien attachante. Nous pensions la faire piquer mais la vétérinaire a refusé, arguant que la petite bête pouvait encore vivre plusieurs semaines ou plusieurs mois. Elle a proposé de l'opérer, mais cela n'aurait servi qu'à prolonger ses souffrances. Nous sommes donc rentrés penauds et pas très avancés. Impuissants, nous avons alors assisté à sa longue agonie jusqu'à aujourd'hui où, inquiète, j'ai encouragé Pitchounette à s'en occuper et à changer son eau. Ce silence est différent des autres jours. Il dort souvent dans sa maison... Aujourd'hui, c'est autre chose. J'éprouve une réelle inquiétude et un grand malaise. Est-ce que ça se pressent, la mort?
La voilà en larmes dans mes bras. Il gît dans sa maison, roulé en boule. Il est dur. Il est froid. "Au moins, il est mort d'une belle mort, dans son sommeil et sans souffrir" la console notre Grand, philosophe en herbe. Chenapan lui donne son poisson rouge pour la réconforter. Elle refuse bien sûr. Il lui propose de choisir un oiseau qui meurt et renaît toujours. "Ca n'existe que dans Harry Potter, c'est un phénix", lui rétorque-t-elle... Alors il la console autrement, lui disant que quand elle sera morte, elle le reverra...
 Demain nous allons l'enterrer dans le jardin. C'est moche. On s'attache toujours. ces petits êtres insignifiants peuplent et colorent nos journées sans que nous nous en rendions compte et finissent par en faire partie intégrante. Leur départ génère un grand vide. Vous vous moquez?
Pitchounette le remplacera sans doute par un de ses cousins ou qui sait, par une bête à plume...

lundi 19 septembre 2011

Cercles concentriques

photo empruntée à Michel Corboz
Epuisante rentrée harassante et ce rhume et cette toux qui n'en finissent pas. Mais ça y est, les livres et cahiers sont recouverts, les enfants bien intégrés, les activités recommencées et les vitamines achetées. On aborde sereinement les semaines à venir tout en se préoccupant des inscriptions de l'année prochaine. C'est que depuis quelques années, on a tout compliqué et qu'on n'est jamais certain d'avoir l'école de son choix. Mixité sociale oblige. Mais bon, on ne va pas polémiquer là-dessus, quand on refuse de faire de la politique, on n'a qu'à s'en prendre à soi-même...
Pourquoi tous ces gens perdent-ils leur énergie à doubler, faire des queues de poisson, claxonner, invectiver, injurier, faire des gestes obscènes? Pourquoi ces appels de phares? Leur agressivité est contagieuse et se propage en anneaux concentriques. Mais elle ne m'atteindra pas. J'ai pris la ferme résolution de ne pas me prendre la tête et de profiter de ces moments de lente progression pour faire le plein d'énergie et démarrer positivement la journée. A la différence de certains internautes qui faisaient part de leur besoin de vide, moi, j'ai besoin de me remplir. Me remplir de sourires, de je t'aime, de lumière, de tendresse, de courage pour aborder les moments difficiles de la journée, pour supporter la fatigue et les mauvaises nuits sans en faire subir les conséquences à mon entourage, et puis envoyer une pensée, une prière pour telle personne aimée, confier une préoccupation, déposer un fardeau trop lourd, me délester pour me remplir autrement. Dans la voiture voisine de la mienne, une jeune femme observe coquettement son image dans le rétro et rit, le rose aux joues, en croisant mon sourire amusé. On me fait des appels de phares pour me laisser passer: regard reconnaissant, geste de remerciement, deux coeurs un peu plus légers, deux personnes un peu plus humaines, des enfants saluent les automobilistes, comptant sans doute le nombre de conducteurs qui leur répondent, un homme chantonne au rythme de la chanson que j'écoute, nous rions en même temps, sans doute écoutons-nous la même fréquence, ça crée des liens, des cercles concentriques qui se répandront bien plus loin, bien plus généreusement que les autres.

samedi 10 septembre 2011

These days et "you belong to the city" Glenn Frey



Hier, Bruxelles sentait l'huile d'olive frelatée. J'ai d'abord cru que c'était la proximité de ce restaurant que je longeais, puis j'ai fait un saut chez le médecin et le pharmacien pour l'un des miens, rien de grave rassurez-vous, l'ai reconduit à l'école et où que j'allais, l'odeur d'huile d'olive frelatée persistait. On se serait cru dans un souk marocain, ce que m'ont confirmé des amis très chers chez qui nous avons dîné le soir. Je n'aime pas trop ça. Je ne puis croire que les embouteillages inhabituels joints à la pluie persistante en soient seuls la cause.
Aujourd'hui, nous sommes repassés de l'automne à l'été, avons troqué gabardine et boots contre top et jupette, il fait 29°. Il fait très chaud, très moite, fameusement lourd. Mais je ne me plains pas. J'aime la chaleur, qu'elle caresse ma peau ou s'y colle peu importe, quand elle est là, je me sens vivante.
Cet été, j'avoue cependant que j'ai dû abdiquer. Tous les espagnols se plaignaient de la vague de chaleur qui nous assaillait. Les 40° étaient devenus habituels. Les éventails heurtaient en rythme le large poitrail de ces dames, les chapeaux s'agitaient devant ces messieurs tandis que je riais, heureuse. Cependant, à aucun moment de ces canicules, je ne suis arrivée à faire plus de quelques centaines de mètres sans souffler comme un cachalot (c'est bien l'expression?).
L'orage est en train de péter alors que je tapote en vitesse ces lignes insignifiantes. Il fait 29° et nous avons ramassé une brouette entière de noix plus mûres les unes que les autres, vous trouvez ça normal? Chenapan, qui ne fait rien à moitié, les cheveux collés aux tempes, ressemblait à une écrevisse trop cuite. Fier comme Artaban, il brandissant la deuxième dent arrachée par sa soeur et s'amusait à attraper les araignées, même pas peur.
Il fait nuit, les enfants dorment paisiblement, le chien quémande une caresse, son maître tarde à rentrer, l'orage semble contourner la maison mais les éclairs cèdent la place au tonnerre, il fait toujours aussi lourd, la musique rythme ces mots fatigués, je pense à tous mes proches, parents, frères et soeurs, amis réels et virtuels, tous si présents, si chers, certains très particulièrement ces jours-ci, je crois bien que je vais vous dire bonsoir, à bientôt, à demain peut-être, à plus tard sans doute.

PS et non, j'espère bien ne pas belong to the city à vie; d'ailleurs, nous cherchons à quitter l'air nauséabond d'huile d'olive frelatée, si vous avez une maison à proposer dans un environnement fleuri et odorant, you never know...

mardi 19 juillet 2011

Saxo, essences, "Red sky at night" de David Gilmour



Je vais vous confier quelque chose.
J'aime la musique, cela ne surprendra personne. J'aime le violon, le piano, la clarinette et la voix, mais le saxo, ah, le saxo...
Griffure de l'âme, douce mélancolie, caresse des sentiments, bienveillante langueur au parfum de liberté, obscure lumière qui creuse les côtes de notes ensorcelées, ciel rouge déchiré, saxo, si intensément humain.

J'ai proposé à tous les miens d'en faire. Mon Grand préfère le sport, lire et faire des maquettes, Pitchounette a choisi le piano et l'équitation alors que Chenapan réclame un tambour que nous tardons à lui offrir...
Reste moi. Ben oui, pourquoi pas? Vous me voyez avec un saxo? Ce serait bien non? J'espère pouvoir être un peu plus performante qu'avec le cor de chasse qui n'a émis qu'un profond soupir lorsque je me suis essoufflée dessus. Comme la tondeuse que je n'ai jamais réussi à faire démarrer, malgré mes muscles bandés. D'accord, c'est une excuse pour ne pas tondre, mais quand même. Le tracteur de mes parents, il suffisait de tourner la clé et voilà, on était parti pour des heures de tonte au rythme de nos écouteurs et du chant des oiseaux.
Jouer du saxo, ce serait également un excellent dérivatif à toute velléité de fumer.

Savez-vous pourquoi je n'étais pas trop triste de quitter l'Espagne cette année? En faisant notre lessive quotidiennement, j'enfermais dans nos valises le soleil , le chant des grillons, le souffle du vent langoureux, l'odeur des olives et de la terre assoiffée, l'empreinte des étoiles et de la pleine lune, un peu de terre et de chlore, quelques cailloux, des amandes oubliées et des batons de sucette.
A notre retour, j'étais impatiente d'en soulever le couvercle, afin d'en  réceptionner les essences.
Malgré la pluie, elles ne se sont pas enfuies. Elles étaient bien là, au rendez-vous!

jeudi 23 décembre 2010

Noël

De tout coeur, je vous souhaite une fête de Noël très particulière: un Noël où la tendresse, la douceur, l'écoute et la compréhension transformeront cette journée en une très belle fête, celle d'une nouvelle naissance, celle de toutes les promesses, malgré les malgrés.

Icône, Vierge de la tendresse

vendredi 30 juillet 2010

Miscellaneous II



Il semble que le Québec soit une mine d'artistes qui percent les uns après les autres, crevant les charts de leur talent. Bonne chance, Bobby Bazini! Je lui souhaite surtout de continuer à faire de la bonne musique, en espérant que le succès à venir l'influence positivement! Superbe découverte en tout cas.
Les dernières perles de Chenapan :
  • Mamy, ze peux manzer des casse-noisettes (notez son érudition :-) ?
  • Mamy, tu veux bien me santer "Cacahuète, ze te plumerai" (là, mon coeur de mère se dit qu'il pourrait y avoir confusion).
  • Mamy, ze vais pispotter (certainement un belgicisme, car un "pispot'" est un pot de chambre en néerlandais, et "pispotten" signifie chez les enfants "désigner celui qui y est"). Alors on y va: "Pispotte, cacahuète (décidément); ça sara pas toi, ça sara moi, moi et moi!". Si c'est pas objectif, ça!

    Photo prise hier par mon grand, qui a l'oeil!

mercredi 21 juillet 2010

Recordare


Ola de calor. Vague de chaleur. Vague? Mer de chaleur, oui! Une mer de bleu, de vert et d'ocre, vibrante torpeur où chaque pas se heurte à la masse de la pierre omniprésente. La montagne protège jalousement son trésor: l'eau exubérante, jaillissant d'une cache invisible, bondit sur la roche pour soulager toutes nos soifs. Aussi pure que les rires de nos enfants, leurs regards où se mêlent joie de vivre et ce mélange un peu complexe de naïveté et d'intériorité qui révèlent les adultes qu'ils seront demain. Ces journées de découvertes, de lectures, d'intense activité physique et de délicieuse oisiveté dorent les peaux, étirent les muscles et apaisent les esprits tourmentés après une année lourde et difficile. Le sommeil, seulement troublé par l'immobilité de la nuit trop chaude, est serein.
Le regard se détache de la montagne travaillée au burin de la nature et de l'homme pour contempler...

samedi 3 juillet 2010

Vacances



Mes amis, je vous remercie pour vos gentils messages. Je ne pars pas pour des lustres et je ne serai pas éloignée d'un clavier et d'une connexion pendant plusieurs mois... Mais les va-et-viens, les éloignements et les enfants ne me permettront pas toujours de profiter de votre présence, même si je suis de tout coeur avec vous. Je vous souhaite plein de bonnes choses et vous dis à très bientôt!

Merci à Sophie pour ces photos plus belles les unes que les autres!

lundi 28 juin 2010

Summertime - "Summertime" Ella Fitzgerald





Ça sent la fin de l'année. Les cadeaux des fêtes des mères et des pères sont derrière le dos (la bouteille que vous voyez ci-dessus m'a fait gagner le gros lot chez Kabotine, merciii Kabo et merci mon grand!), les voyages scolaires laissent d'impérissables souvenirs ainsi qu'un pot de moutarde faite main (sale?), les fêtes de fin d'année sont visualisées sur l'écran de l'ordi en attendant d'être imprimées pour la postérité, les bulletins rentrent au compte-goutte et j'espère que ces gouttes ne sont pas synonyme de larmes salées, les salades du fond du jardin poussent tant et si bien que lorsque quelqu'un a le malheur de me demander ce qu'on mange, je l'envoie faire un tour au fond dudit jardin pour m'en couper une. Moi qui adore les crudités, je n'ai plus droit aux soupirs de mon jardinier, il les a cultivées avec tant de soin qu'il ne pourrait imaginer les laisser pourrir.
Ça sent la fin de l'année et le début de l'été. L'été. Ces trois toutes petites lettres, petites mais fortes et qui claquent à l'oreille telle la gifle de chaleur qu'on reçoit à la descente de l'avion quand on quitte 18° pour débarquer dans 40° et plus. L'été et ses promesses de réjouissances, de lectures, de moments forts en famille, d'eau pure et de ressourcement, de bricolage et de jardinage, d'apéros sans fin et de discussions animées autour d'un barbecue improvisé, l'été, on le savoure parce qu'il est trop court, mais s'il était plus long on s'en lasserait, non? Vraiment non?
Ces deux mois de congé scolaire annoncent aussi quelques départs, des va-et-vient, des moments privilégiés avec les enfants, des instants où profiter des caresses languides d'un soleil sensuel sans avoir mauvaise conscience, en un mot, d'une disponibilité blogovillageoise écornée pour l'été!

Deux bons mots à emporter dans vos bagages:
Mon chenapan, qui est très bricoleur ces jours-ci:
"Mam, comment tu m'as fabriqué dans ton ventre? Tu as pris un marteau et tu as fait toc toc?"
"Mam, quand le soleil doit se coucher, comment on fait pour le décrocher?"
Il ne décroche pas la lune lui, c'est carrément le soleil!
Mes chers amis, vous serez dans mes pensées bien que mes passages chez vous et chez moi seront moins nombreux. Je vous souhaite des journées merveilleuses. Vous me manquerez.

lundi 21 juin 2010

Destinées



Il est question, sur le blog littéraire de Panthère, du dernier Jean-Louis Fournier et de toutes les interrogations existentielles que le sujet a pu provoquer. Le mot destin a été lâché, je m'y suis arrêtée l'espace d'un instant.
Tôt ou tard, nous sommes confrontés à des choix. Des choix petits ou grands, simples, cornéliens, raciniens ou pascaliens, qui dessinent un tracé courbe ou rectiligne, au sol de sable ou de granit, sur lequel nous poserons quotidiennement nos pas jusqu'à là-bas. Certains redoutent tant de faire le mauvais choix que, sautant pied sur l'autre, ils passent leur temps à tergiverser et ne voient pas les jours et les années filer. A rechercher ce qu'il y a de mieux ils se retrouvent les mains et le coeur vides, esseulés, amers et desséchés telles des figues trop longtemps exposées. D'autres font des choix pour de multiples raisons, toutes argumentées avec moult détails et exemples à l'appui, mais à y regarder de plus près, on se rend compte que ces raisons en masquent d'autres bien moins glorieuses. Alors leur voie se remplit de chemins de traverses, de chemins de croix à la croisée des chemins, ceux du destin tracé et de l'autre qui n'est déjà plus. Regrets ou remords les saisissent alors, las, un peu tard. Enfin, les personnes qui prennent le temps de s'ouvrir à l'expérience de leurs aînés, de savourer les idées et de les choisir pour leur individualité ou leur universalité pour ensuite progresser sans rebrousser, la tête droite, les coudes au corps,  la démarche souple et rythmée, le souffle mesuré.
On est tous un peu des trois: couards, enthousiastes et réfléchis, à certains moments de nos vie et respectant un certain équilibre, formant la personne que nous sommes aujourd'hui.
Je sais, ce billet fait un peu penser à une parabole, mais tant pis, j'en vois trop autour de moi, des personnes qui souffrent des conséquences de leurs choix mais aussi de l'absence de choix.

Photo empruntée à Dam

jeudi 22 avril 2010

Hier et aujourd'hui

Les enfants jouent dans le jardin. Ils grimpent dans les arbres. Je rectifie, dans l'arbre, l'unique arbre, le seul du jardin, si on exclut le cerisier qui n'en finit pas de mourir depuis trois ans. Comme s'il s'en rendait compte, à chaque printemps il nous offre son chant du cygne, une floraison jamais égalée jusque là qui nous laisse contemplatifs et reconnaissants. Le fils du voisin joue également dans son jardin. Entre le sien et le nôtre il y a une frontière invisible de quelques trois mètres, à l'endroit où la haie est morte. "C'est dû à la négligence de la voisine", peste Amaury. "Achète des plants de légustrum et recrée-nous une intimité", l'implorè-je. "Pas tant qu'elle n'y mettra pas du sien", me rétorque-t-il. Ces discussions sans fin font la joie des enfants qui s'invitent d'un jardin à l'autre avec la permission de leurs parents (de la mienne en tout cas) et en profitent pour... s'envoyer le ballon d'un jardin à l'autre... Allez comprendre!
Fin du siècle dernier, on parlait de post-modernisme. Comment nommer les courants du vingt-et-unième siècle? Néo-éco-dynamiques? ou néo-éco-utopiques? Une idée?
J'ai rencontré Coumarine mardi soir. En chair et en os. Elle m'attendait à un endroit (le bon) et je me suis rendue au mauvais (l'ancien bon endroit). mais nous nous sommes finalement retrouvées : nous nous sommes regardées, avons connu une légère hésitation qui n'était générée que par la crainte d'importuner une éventuelle parfaite inconnue puis nous nous sommes embrassées et tutoyées comme nous le faisons sur la toile. Sauf que. Sauf que nous savons beaucoup de choses l'une de l'autre et ne savons rien de nous. Sauf que nous avons tout à nous dire et avons déjà beaucoup écrit. Sauf que je la reconnais mais ne la connais pas. Et puis, en dix minutes, le temps que nous nous sommes accordées, appelées l'une et l'autre par d'autres activités, nous nous sommes retrouvées grâce à des questions d'usage, d'intérêt, de reconnaissance, timides, discrètes, un brin audacieuses et confiantes aussi et nous nous sommes quittées heureuses. Pour ma part, aucune surprise, mais la prolongation d'un échange existant, qui a bien dû trouver à s'exprimer autrement. Et je n'ai qu'un souhait: pouvoir renouveler cet échange et l'approfondir.

samedi 3 avril 2010

L'espace d'un instant

Je peux? Est-ce que je peux? Me lâcher, l'espace d'un instant, un tout petit instant? Juste une fois, une seule, encore une fois. Je sais, je vais vous importuner, mais sachez que c'est vital pour ma santé à moi: besoin de crier en silence, de dire que jen ai MAAARRE! MAAARRE, MAAAAARRE! Amaury à une pneumonie. Mon grand tousse et à mal aux oreilles et je dois encore faire les prises de sang hebdomadaire de notre Chenapan. Les hôpitaux, les médecins, les kinés, les pharmacies, les thermomètres, j'en ai MAAAAAAAAAAAARRE.
Voilà, c'est dit, je vous laisse pour m'occuper des miens qui ont besoin de moi. Je réaffiche le sourire de la maman bienveillante, j'ouvre les oreilles et le coeur.
Ce billet est absolument sans intérêt aucun, ne vous y attardez donc pas.
Bonne fête de Pâques à tous.

mercredi 10 mars 2010

Fumer


Les jours jaunes, verts et bleus alternent avec les réminiscences blanches de l'hiver et la grisaille humide de nos giboulées. L'obscurité perd du terrain, la lumière et le chant des oiseaux soulèvent nos paupières avant que ne commencent les travaux publics de la rue, les visages rosissent, les regards s'animent, les corps se tonifient; malgré le froid, le printemps a bel et bien pris ses quartiers chez nous.
Pour la première fois depuis que nous avons arrêté de fumer (trois ans et trois mois), j'ai éprouvé un sentiment d'allégresse. Alors que d'habitude, je suis heureuse de ne plus être dépendante de cette *merde*, ne plus passer l'hiver à soigner mes bronchites, ne plus vivre dehors ou sous la hotte de la cuisine, voir mes deniers s'envoler en fumée, rabrouer les enfants en leur demandant d'attendre que je termine ma cigarette, devenir dingue parce que tous les paquets sont désespérément vides et les magasins de la terre entière fermés ou en rupture de stock, avoir honte parce que ma fille de deux ans et demie demande à la caisse si j'ai besoin de "clopes" en désignant la marque que je fume, pire encore quand j'affiche le ventre rebondi d'une heureuse et fumeuse grossesse... pour ces raisons et tellement d'autres je suis heureuse d'avoir arrêté de fumer. Malgré tout il y a toujours en filigrane ce petit soupir: "ah, si je pouvais en fumer une ou deux par jour sans plus"!, ah, la cigarette qui accompagne une discussion passionnante, les yeux rêveurs suivant les volutes de fumée, celle qui accompagne le verre de vin ou la tasse de café en un geste séduisant, la récompense tellement méritée après chaque activité, celle du soir et celle du matin, celle qui détend et celle qui réconcilie, celle qui accompagne les éclats de rire et celle qui console, elles ont toutes un sens les cigarettes, alors comment ne pas ressentir ce petit pincement quasi insaisissable mais latent... Cette fois-ci, en entendant pour la nième fois la toux grasse de mes collègues, je me suis sentie LIBRE. Non pas libérée, mais réellement, profondément libre, légère, détachée, aérienne. Non pas un sentiment relié au passé mais tourné vers l'avenir, positif, ouvert, prometteur. Cette béatitude physique qu'on peut ressentir quand on boit son litre et demie d'eau et qu'on fait un sport qui améliore la condition physique, suivi des caresses et des senteurs d'un hammam, conjugué à l'élévation de l'âme et de l'esprit, une lecture enrichissante, une sonate émouvante, une toile qui n'en est pas une parce qu'elle est tout simplement, une conversation où on réalise que le bien existe, c'est tout ça à la fois que j'ai ressenti à propos de la cigarette. Alors, oui, definitely, je ne fume plus.

photo de Dam, sur mon chemin, toujours avec beaucoup d'admiration.

samedi 27 février 2010

"La petite fille de Monsieur Linh" de Philippe Claudel, bonne-maman et lectures


Depuis que je sais lire, bonne-maman et moi avons fait un nombre incalculable de parties de scrabble et de mots-croisés. C'est sans doute à elle que je dois l'amour des dictionnaires qui n'avaient pas de secret pour moi. A sept ans, je connaissais les abréviations chimiques qu'elle avait reprises sur une fiche et je me mesurais à mes tantes et aux amies de ma grand-mère. Si je gagnais quelquefois, je le devais sans doute à leur générosité et à leurs conseils opportuns et discrets.
Cette semaine elle m'a demandé de passer chez elle. Soucieuse de ma santé et de mon état de fatigue, ma bonne-maman de 91 ans m'avait acheté un complexe vitaminé... de mon côté je lui avais apporté des primevères, messagères de printemps et de lumière. A notre habitude, nous avons parlé de nos lectures. Elle me disait sa déception par rapport aux choix des livres de sa tournante, je lui promettais de lui apporter deux romans que j'avais aimé et qu'elle lirait dès qu'elle aurait moins de tension dans les yeux et je suis repartie avec un petit livre de rien du tout, mais qu'elle aimait particulièrement. "tu verras, il se lit en un ou deux jours et tu l'aimeras".
Et je l'ai lu en deux jours et je l'ai aimé.
La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel est une petite chose emprunte de poésie. Monsieur Linh et sa petite-fille sont les uniques survivants d'un village asiatique. Ils réussissent à embarquer sur un rafiot et atterrissent dans une grande ville inconnue. Monsieur Linh, pour qui la vie est un collier de souffrances que l'on porte autour du cou, se force à vivre pour sa petite-fille dont il s'occupe avec une maladresse emprunte d'amour. Pour elle, il s'enhardit à quitter la pièce mise à leur disposition et se promène dans le froid piquant. Assis sur un banc public, la petite Sang Diu serrée contre lui, il contemple dans le ciel les hirondelles qui écrivent d'invisibles poésies. Un homme s'assied à côté de lui. Une tristesse indéfinissable flotte autour de lui, trahie par son regard, l'intonation de sa voix, ses gestes aussi. Tous les jours ils se retrouvent et apprennent à se connaître et à s'apprécier par-delà les mots. Mais Monsieur Linh est transféré dans un hospice. Pas un instant sans qu'il pense à son ami. Un jour il décide de s'échapper pour le retrouver...

La semaine dernière j'ai commandé trois livres que je me promettais d'acheter depuis de longues semaines: Les Romanichels d'Edmée de Xhavée (cette fois-ci c'est la bonne Edmée, j'ai reçu un mail de confirmation), L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers de Nicole Versailles (enfin! Coumarine) et les Sept Oasis des mers de Damien Personnaz. Le premier est arrivé hier. Devinez duquel il s'agit? Je vous le donne dans le mille: celui de Damien! Je l'ai ouvert hier soir et me suis délectée dès l'introduction. Plonger dans les méandres de l'écriture et des aventures passionnantes d'une personne qu'on connaît, même si ce n'est que virtuellement, c'est jubilatoire.

Photo empruntée à Dam (j'adore cette photo dans laquelle est synthétisée toute la poésie de ma jeunesse, bercée par le chant des grenouilles et le bêlement des moutons...)