Je suis triste. J'ai le cœur endeuillé. Les paupières en
berne. Ne vous méprenez pas: je ne suis pas en colère. Simplement effrayée par
l'avenir que nous préparons à nos enfants avec de telles décisions. J'ai honte
aussi. Honte pour eux et pour moi de les avoir élus. Honte du manque de
courage, de l'absence d'amour et de l'individualisme qui règne en maître dans
ce pays grand comme un mouchoir de poche, que d'aucuns voient encore comme un
pays où il faut bon vivre, allez savoir pourquoi! On n'y trouve plus rien, plus
d'entreprises (tout est vendu), plus de travail, plus de vie, plus de
solidarité, plus rien. Du gris et du noir, de l'agressivité, des vols et des
viols, des grèves et la mort, cette mort qui vous guette au détour d'une rue et
dans les couloirs aseptisés des hôpitaux.
Je sais, j'affirmais le contraire hier. J'ai rencontré une
énorme chaîne de solidarité, des personnes courageuses, généreuses, prêtes à se
défoncer et à dire la vérité envers et contre tous, à descendre dans la rue, à
se mouiller au sens propre comme au figuré, j'ai découvert la puissance et la
force des (multi)médias et l'intelligence des remises en questions. J'ai eu des
échanges extraordinaires avec des médecins et des bénévoles, j'ai entendu des
témoignages bouleversants, j'ai été portée par l'espoir d'un monde différent.
C'est juste, que, là, maintenant, après le travail exaltant de ces derniers
jours, je me permets, rien qu'avec vous, ici, en tout petit comité, de me
laisser aller à un coup de cafard.

